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Image Stèle en l'honneur de Nissim de Camondo

08/12/2011Site du Mois - Décembre 2011/Janvier 2012 - Stèle en l'honneur du lieutenant Nissim de Camondo

Site du Mois - Décembre 2011 / Janvier 2012

Stèle en l’honneur du lieutenant Nissim de Camondo

Evoquer les opérations militaires de la Grande Guerre dans l’est de la Meurthe-et-Moselle, amène immédiatement à citer la bataille du Grand-Couronné d’août-septembre 1914. Pourtant, le front s’est stabilisé dans le secteur de Lunéville pendant quatre années. Même si aucun grand affrontement ne s’y déroule, les hommes y combattent et y meurent avec la même abnégation que sur le reste du front. Le pays de la Vezouze, centré sur le bourg médiéval de Blâmont, comporte plusieurs sites de mémoire de la Grande Guerre. Celui des entonnoirs de mines de Leintrey est le plus connu. Le visiteur y découvre également une stèle rendant hommage au jeune lieutenant aviateur Nissim de Comondo, tombé dans le secteur, le 5 septembre 1917.

Stèle Nissim de Camondo

I) L’implantation de la stèle sur le site des entonnoirs de Leintrey ou le récit d’un « arrangement » avec l’Histoire :

Mines de LeintreyLa stèle est de petite taille, environ un mètre de haut, elle porte la mention « N. DE CAMONDO lieutenant aviateur mort pour la France le 5 septembre 1917 à l’âge de 25 ans ! ». La dernière partie de l’inscription cherche à interpeller sur la jeunesse de Nissim de Camondo et donc l’ampleur de son sacrifice. Initialement, la stèle se trouvait sur le lieu du crash de l’appareil de Nissim de Camondo, à la lisière du bois « en lame de couteau », au nord-est d’Emberménil. Il semblerait que la famille soit à l’origine de son implantation, au début de l’année 1919, à l’occasion du transfert des restes de Nissim de Camondo du cimetière d’Avricourt vers la concession familiale de Montmartre. Toutefois, à cet endroit, mal desservi et peu fréquenté, la stèle recevait peu de visiteur. Elle risquait de tomber dans l’oubli et d’échouer dans sa mission d’hommage et d’entretien de la mémoire de Nissim de Camondo. Au cours de l’année 2004, le projet de déplacement de ce mémorial vit le jour. Le monument ne marquant pas un lieu de sépulture, le corps de Nissim de Camondo ayant été rapatrié à Paris, aucun obstacle majeur ne s’opposait au projet.

Entonnoirs de LeintreyEn août 2005, la stèle fut donc déplacée, quelques centaines de mètres plus loin, sur le site des entonnoirs de mines de Leintrey. Ce lieu de mémoire, en bordure du village de Leintrey et aisément accessible en automobile, est le plus visité du Blâmontois. Il commémore l’attaque allemande du 11 juillet 1916, au cours de laquelle les Allemands firent exploser quatre fourneaux de mines. 73 soldats du 162e R.I. périrent dans les explosions, mais les Allemands n’obtiennent aucun gain territorial. Aucun corps n’étant retrouvé, l’endroit devient un ossuaire et une nécropole. La visite du lieu est particulièrement impressionnante. Les quatre entonnoirs sont encore parfaitement visibles et dégagent une forte émotion. La mémoire et le nom des disparus sont entretenus par un important monument, trônant au centre du site.

II) La Grande Guerre de Nissim de Camondo : Affecté spécial ? Non!

Nissim de Camondo naît à Boulogne-sur-Seine, le 23 août 1892. Il grandit dans une famille juive, qui fait fortune dans l’Empire Ottoman par l’édification d’un puissant système bancaire. Le père de Nissim, Moïse de Camondo, s’est installé en France, à la fin du Second Empire. A la déclaration de guerre, Nissim de Camondo prépare une licence de droit. Grâce à l’influence de sa famille, il aurait pu échapper au service en unité combattante et obtenir un poste d’affecté spécial. Cependant, Nissim de Camondo brûle de démontrer son amour pour la France et décide de rejoindre le front. En préalable il demande, par écrit, l’autorisation de son père. Bien que Nissim soit le seul héritier du nom de Camondo, il accepte, fier de la conscience du devoir qui anime son fils.

Nissim de CamondoVersé dans la 3e division de cavalerie, Nissim de Camondo rejoint son régiment, en Belgique, avec le grade de maréchal des logis. Dès le 1er septembre 1914, il se distingue et obtient une première citation à l’ordre de la division : « Le 21 août, étant en patrouille de découverte autour du village de Mellet escorté par 4 hommes seulement, est accueilli à coups de fusil. Riposte. L’un des cavaliers blessé tombe à terre, son cheval roule sur lui. Nissim met pied à terre, fait le coup de feu, dégage et ramène le blessé. Deux huhlands [sic] sont tués. Trois sont faits prisonniers avec quatre chevaux. Le reste de la troupe ennemie qui comptait 15 cavaliers prend la fuite. » Cavalier émérite depuis plusieurs années, Nissim supporte mal de se retrouver confiné dans des tranchées boueuses et s’en ouvre à son père dans ses lettres. L’espoir de combattre à cheval s’éloigne un peu plus, lorsqu’il est transféré à l’escadron à pied du 21e Régiment de Dragons, le 15 septembre 1915. Tout comme le moral, le physique de Nissim de Camondo souffre terriblement de sa nouvelle condition. Dans la crainte d’une crise d’appendicite, l’autorité militaire renvoie Nissim de Camondo dans ses foyers, le 8 novembre 1915.

III) 1916 : Nissim de Camondo adopte une nouvelle « monture » :

Lieutenant Nissim de CamondoAprès une opération chirurgicale, il passe sa convalescence à Deauville. Allongé dans son lit, il voit, à travers sa fenêtre, évoluer les appareils de la naissante aéronautique française. Il est séduit par les évolutions que s’autorisent ces machines. Elles ne sont pas sans lui rappeler la liberté dont il disposait à cheval. Il décide de reprendre du service sur ce type de « monture ». A nouveau, bien qu’ayant démontré au front qu’il était maintenant un homme à part entière, il sollicite l’accord de l’autorité paternelle. Soulignant le peu de risque de cette nouvelle entreprise et à force de persévérance, il obtient son aval.

Le 15 janvier 1916, il contracte un engagement auprès de l’aviation de guerre. Il est affecté à l’escadrille MF 33, dont les appareils arborent sur leurs fuselages la double hache. Son aérodrome d’attache est à Villers-les-Nancy. Lors de la bataille de Verdun, à bord de son biplace Farman, Nissim de Camondo effectue de nombreuses missions de reconnaissance, particulièrement sur la cote 304. Ses très bons résultats sont récompensés par une citation à l’ordre du corps d’armée : « Observateur en avion de haute valeur, ayant montré en diverses circonstances de remarquables qualités de courage et de sang-froid, notamment en prenant des photographies du secteur du C.A. [le 9e C.A.] devant Verdun, malgré les attaques quotidiennes de plusieurs avions ennemis en groupe et puissamment armés. (avril-mai 1916). »

Nissim de Camondo retrouve son enthousiasme d’août 1914 et s’investit pleinement dans l’accomplissement de ses objectifs. Pourtant, les missions de reconnaissance, si elles sont indispensables et d’une grande influence sur le cours des opérations n’en restent pas moins ingrates. Les pilotes de reconnaissance, à la différence de ceux de la chasse, ne font jamais la une des grands quotidiens. Consacrant ses efforts, le 23 mai 1916, Nissim est élevé au grade de lieutenant pour services rendus exceptionnels. En août, il décroche son brevet sur Farman 130 CV. Le 15 décembre 1916, une élogieuse citation à l’ordre de l’armée, permet au lieutenant pilote d’arborer une palme sur le ruban de sa croix de guerre : « Observateur photographe en avion de très haute valeur, tant par son audace et son sang froid que par son habilité professionnelle. Pendant les batailles de Verdun et de la Somme où le Corps d’armée a été engagé, grâce à son courage, a réussi un nombre considérable de missions photographiques rendues très périlleuses par les attaques violentes des avions de chasse ennemis puissamment armés, en particulier dans la journée du 5 novembre 1916, où son avion a été fortement atteint. »

Au cours de cette année 1916, Nissim de Camondo opère majoritairement avec Lucien Desessarts, comme mitrailleur. Les deux hommes ont une très grande confiance l’un dans l’autre et c’est sans doute là que réside la recette des nombreux succès de l’équipe.

IV) Nissim de Camondo gagne un secteur calme de Lorraine et pourtant…

Nissim de Camondo et Lucien DesessartsAprès avoir pris part aux terribles batailles de Verdun et de la Somme, en juillet 1917, la MF 33 s’installe sur un petit aérodrome de campagne sur le territoire d’Emberménil. Le 5 septembre à 11 heures 15, le Farman 130 des lieutenants Camondo et Desessarts décolle et gagne bientôt 2000 mètres d’altitude. Sa mission est des plus classiques : photographier les travaux de sapes allemands. Soudain, quatre points noirs apparaissent à l’horizon. Bientôt, tous les doutes se dissipent, ce sont quatre chasseurs à croix noires dont la mission est manifestement d’abattre l’appareil aux cocardes tricolores. Les deux aviateurs français ne perdent pas leur sang-froid et tentent d’organiser leur fuite. Mais les chasseurs, plus rapides, encerclent le Farman. La confrontation est inévitable et Lucien Desessarts arme sa mitrailleuse. Un des prédateurs tente sa chance et délivre une attaque sur l’appareil français. Fin tireur, le lieutenant Desessarts place habilement une rafale dans le réservoir de la machine de la Luftstreitkräfte. Ce dernier part en vrille et s’enflamme. Néanmoins, les dégâts sur le Farman sont eux aussi très graves. Lucien Desessarts, apparemment mortellement blessé et Nissim de Camondo, touché à la tête, évoluent dans une machine dominée par les flammes. Dans un suprême effort, Nissim de Camondo essaie de regagner les lignes françaises. Avant de les franchir, il perd connaissance et l’avion s’abîme à la lisière du bois en lame de couteau.

Les Allemands récupèrent les corps des deux aviateurs, tombés dans leurs lignes. Le commandement décide d’inhumer le corps du lieutenant de Camondo, dans le cimetière communal d’Avricourt-Elfringen. Le 9 septembre 1917, une cérémonie importante a lieu pour l’inhumation de l’officier-aviateur. Le cercueil, sur lequel sont placés les décorations et les équipements de Nissim de Camondo, est porté par huit soldats allemands. Lors de l’enfouissement de la dépouille, les honneurs militaires lui sont rendus et un discours prononcé.

Musée Nissim de CamondoMais les parents de Nissim de Camondo font jouer leurs relations pour obtenir le rapatriement du corps en territoire contrôlé par l’armée française. En raison de l’absence de carré militaire, de carré israélite et de l’implantation en territoire allemand du cimetière d’Avricourt-Elfringen la démarche aboutit. Ainsi, le corps de Nissim de Camondo repose aujourd’hui dans le caveau familial du cimetière de Montmartre.

A la mort de Moïse de Camondo, en 1935, et conformément à ses dernières volontés, sa prestigieuse collection d’objets d’art du XVIIIe siècle est transformée en un musée dont le nom est Nissim de Camondo.

Par Romain SERTELET

Remerciements :

Claude CHARBONNOT

Pour en savoir plus :

LAUGIER Raymond et Haim KORSIA, Nissim de Camondo 1892-1917 Hommage 2007, Pulnoy, Aumônerie israélite des armées, 2007, 44 p.

SERTELET Romain, « L’attaque allemande du 11 juillet 1916, entre Leintrey et Vého », in Blâmont et le Blâmontois au fil des siècles XIIe – XXe siècles, Gérard Louis, 2009, p 166-187.

Contact :

Musée Nissim de Camondo
63 Rue Monceau
75008 Paris
Tél : 01 53 89 06 40
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/nissim-de-camondo/

 

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Crédit Photos : Stèle N. de Camondo - © Jean-Jacques LIGNIER CDRH BA 133
Entonnoirs de Leintrey - © nancydayafterday.blogspot.com
Portrait de Nissim de Camondo / Pose de N. de Camondo devant son avion / Nissim de Camondo et Louis Lucien Des Essarts - © Musée Nissim-de-Camondo
Musée Nissim de Camondo - © Les Arts Décoratifs / Jean-Marie del Moral

 

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