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19/12/2012Site du Mois - Décembre 2012/Janvier 2013 - Ossuaire de Monte Grappa

Site du Mois – Décembre 2012/Janvier 2013 

Ossuaire de Monte Grappa 

Ossuaire de Monte-Grappa

En France, le Monte Grappa n’est que peu connu, sinon par les habitués des cartes de restaurants italiens, puisqu’une eau de vie réputée, la grappa, y est distillée. Pourtant, de l’autre côté des Alpes, le Monte Grappa est le lieu symbolique de l’héroïsme des soldats italiens de la Grande Guerre. Dans ses mémoires, le Generalmajor Konrad Kraft von Dellmensigen, concepteur de la bataille de Caporetto au cours de laquelle l’armée italienne s’effondra, déclara à propos de cette montagne : « Ainsi s’arrêta à peu de distance de son objectif, l’offensive riche en espoirs et le Grappa devint le mont sacré des Italiens. L’avoir conservé contre les héroïques efforts des meilleures troupes de l’armée austro-hongroise et de leurs camarades allemands les autorise, avec raison, d’en être fiers. »

Le Monte Grappa, ou comment oublier le désastre de Caporetto

Du 24 octobre au 9 novembre 1917, lors de la bataille de Caporetto (aujourd’hui Kobarid en Slovénie), les unités italiennes commandées par le général Luigi Cadorna subissent une très lourde défaite face aux divisions austro-hongroises et allemandes dirigées par les généraux Svetozar Boroevic et Otto von Below.

Bataille de Caporetto

Front italien 1915-1917 (cliquez-ici pour agrandir)

Malgré une supériorité numérique lors de cette douzième bataille de l’Isonzo, les Italiens sont forcés de battre en retraite. Suite à l’offensive de la XIV. Armee contre la 2ème armée du général Luigi Capello, une brèche dans les positions italiennes permet à l’armée des empires centraux d’avancer. Conjointement, la V. Armee est opposée à la 3ème armée et la pousse en direction de Venise, vers la mer Adriatique.

Luigi CadornaLors de la retraite vers le fleuve Piave, les Italiens, subissant les attaques au gaz, aux grenades et aux lance-flammes, laissent à l’ennemi bon nombre de prisonniers, d’armes, de matériels et de vivres.

Général Luigi Cadorna

La victoire à Caporetto permet aux forces de la Triple Alliance de s’emparer d’une partie de la Vénétie et de se présenter face au Piave. Le moral gonflé par une progression de 100 kilomètres en moins de trois semaines, les soldats allemands appelés « Landser » pensent franchir le Piave aussi facilement que l’Isonzo, le Tagliamento et l’Ivenza pour passer Noël à Venise et contraindre l’Italie à se retirer du conflit.

Le 10 novembre 1917, alors que les troupes italiennes se sont réorganisées derrière le Piave dont les ponts sont détruits, le général Boroevic attaque la plaine du Piave tandis que sur le Grappa les onze divisions du général Conrad von Hoetzendorff obtiennent de petits succès. Renforcés par les Alpini, les régiments Ravenna, Umbria et Campania défendent héroïquement leur position sur le Monte-Grappa grâce à des abris creusés dans la roche et à un efficace soutien de l’artillerie.

Le 11 décembre 1917, suite à l’avancée de début décembre dans le secteur des Melette, les troupes austro-hongroises attaquent le Grappa mais sont à nouveau repoussées par la résistance italienne aidée de troupes franco-britanniques. Le système défensif des Melette est repris et le 30 décembre 1917, les chasseurs alpins français prennent le Monte-Tomba tandis que les Alpini capturent plus de 2.000 prisonniers lors de la reconquête du col Rosso.

Du redressement du Piave au triomphe de Vittorio Veneto

Armando DiazLa première bataille de la Piave est gagnée par l’armée italienne, soutenue par les Alliés. Le gouvernement s’en félicite par l’intermédiaire du président du conseil du Royaume d’Italie Vittorio Emanuele Orlando : « Le Grappa est notre patrie ! ».

Général Armando Diaz

L’hiver 1917-1918 ponctué par la victoire italienne dans la région du Monte Grappa permet aux deux camps de se remettre en condition. Auréolée de ses précédents succès défensifs, l’infanterie alliée réussit une percée dans les lignes austro-hongroises fin janvier.

L’activité sur le front italien renait au printemps 1918. Des attaques italiennes successives, au mois de mai 1918, permettent de reconquérir une partie des territoires perdus fin 1917 (Monte Carno le 10 ou encore le Mont Zgolon le 25 mai).

La deuxième bataille du Piave débute le 10 juin 1918 par l’offensive de la Triplice nommée « Opération Radetzki ». Les troupes ennemies souhaitent prendre en tenaille la défense alliée. Les Landser de Conrad Hoetzendorff prennent trois monts mais leur avancée est vite contenue. Les unités de réserve du général Armando Diaz, stoppent rapidement ceux du général Goiginger. Le 24 juin, les troupes austro-hongroises, sous un déluge d’obus et de bombes de l’artillerie et de l’aviation, sont obligées de battre en retraite. La deuxième bataille du Piave est définitivement remportée par les alliés le 6 juillet 1917 après quelques derniers combats acharnés sur la plaine et dans les montagnes.

Le chef de l’état major italien le général Diaz, qui a remplacé le 8 novembre 1917 le général Cardona suite à la déroute de Caporetto, décide de ne pas poursuivre l’ennemi et renforce ses lignes pour une future attaque.

Vittorio Veneto

Front italien 1915-1917 (cliquez-ici pour agrandir)

L’offensive décisive, imaginée par Diaz, débute le 23 octobre 1918 dans le massif de Grappa avec de violents combats et de nombreuses pertes des deux côtés. Le 27 octobre 1918, à l’aide de ponts construits par le génie allié, les troupes de l’Entente franchissent le Piave. Leurs attaques successives permettent de séparer les unités ennemies et d’avancer jusque Vittorio. La résistance austro-hongroise est brisée et les troupes ennemies se retirent du Grappa dans la nuit du 30 au 31 octobre 1918 pour éviter l’encerclement. L’armée italienne traverse le fleuve Livenza et occupe désormais une grande partie du Frioul.

La victoire italienne lors de la bataille de Vittorio Veneto scelle la fin de l’empire d’Autriche-Hongrie. L’Armistice entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie est signé le 3 novembre 1918 à Villa Guisti et entre en vigueur le 4 novembre.

L’Ossuaire de Grappa, un sanctuaire monumental

Le Monte-Grappa est la cime la plus haute du massif des Préalpes italiennes et culmine à 1.775 mètres d’altitude. Ancré dans la région des Dolomites et marquant la frontière entre les provinces de Vicence, Belluno et Trévise, il se dresse entre les vallées des fleuves du Piave et de Brenta.

Lors de la retraite de Caporetto, les troupes italiennes se replient derrière la Piave et le sommet de Grappa devient un des pivots de la défense italienne. Les puissances centrales tentent en vain de le conquérir au prix de lourdes pertes.

Pour rendre hommage aux « héros italiens », un sanctuaire monumental a été érigé au sommet du Mont Grappa comprenant deux ossuaires, un grand monument ainsi qu’une petite chapelle.

Inaugurés le 22 septembre 1935 par Benito Mussolini, les deux ossuaires accueillent les dépouilles des soldats des deux camps, dispersées en différents points du massif et de la plaine.

De style antique, le Cima Grappa est l’œuvre de l’architecte Giovanni Greppi et du sculpteur Giannini Castiglioni. On leur doit également le cimetière militaire de Redipuglia.

Constitué d’une série de gradins semi-circulaire, le monument se présente sous la forme de plusieurs columbariums, accueillant les corps des soldats tombés au champ d’honneur, le tout associé à la pierre brute et au bronze pour les fermetures. Ces différents choix rappellent le classicisme romain revendiqué par le régime fasciste de Mussolini, commanditaire du monument.

Cima Grappa

Cima Grappa

Le cimetière militaire du Monte-Grappa accueille 22.910 soldats dont 10.295 austro-hongrois dans le secteur nord et 12.615 dans le secteur sud de l’ossuaire.

Tombe de Peter PanParmi les combattants, se trouve la tombe du maréchal Gaetano Giardino, général commandant « l’armée de Grappa » et mort en 1935 ainsi que la tombe d’un austro-hongrois nommé Peter Pan.

On peut également traverser le chemin du souvenir menant à la chapelle ardente qui abrite la Madonna del Grappe, vierge auxiliaire, symbole de la foi chrétienne de la Vénétie. Ce chemin du souvenir offre un panorama exceptionnel sur la vallée du Piave.

Pour arriver jusqu’au monument de la Cima-Grappa, il faut emprunter la Strada Cadorna, construite à l’initiative du général Cadorna pour constituer un support logistique aux lignes défensives. Sur le Monte-Grappa se trouve également un musée historique de la guerre 1915-1918, aménagé dans l’ancienne caserne Milano. Ses collections sont constituées de pièces rassemblées sur le champ de bataille, de reliques, de photos et de documents originaux. A côté du musée, se trouve le tunnel « Vittorio Emanuele » construit en 1917.

Panorama du Monte Grappa

Au pied du Monte-Grappa, à Possagno, l’importante exposition « L’Arte Ferita » (L’art blessé), la prestigieuse Gypsothèque et la temple-musée de Canova méritent le détour.

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Novembre 2012 Février 2013

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Crédit Photos : Monte-Grappa - © http://www.dolomitiprealpi.it Front italien 1915-1918 / Général Cadorna / Général Diaz - © Wikipédia Carte du front italien (Caporetto et Vittorio Veneto) - © http://anticafrontierabb.wordpress.com Ossuaire de Monte-Grappa - © http://lagrandeguerre.cultureforum.net Tombe de Peter Pan - © http://www.flickr.com Panorama du Monte-Grappa - © http://histoiremilitaria2.discutforum.com

 

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