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Image Le site gallo-romain de Senon

15/10/2014Le site gallo-romain de Senon

Lieu du Mois – Octobre 2014 

Le site gallo-romain de Senon 

Les vestiges archéologiques d'un site gallo-romain à Senon, situés au lieu-dit le Bourge, sont classés monuments historiques depuis 1929. Les fouilles, entreprises par les Allemands pendant la Grande Guerre, ont fait l'objet de précieuses découvertes emportées en Allemagne et rapatriées en France, grâce à l'intervention de Charles Humbert (1866-1927), sénateur de la Meuse. Aujourd’hui, ces pièces sont exposées au musée de la Princerie de Verdun.

L’existence d’un vicus gallo-romain à Senon

Carte des NAUDIN indiquant la localisation du BourgeL’existence d’un site gallo-romain à Senon est notifiée sur des cartes datant du XVIIIème siècle.

Carte des NAUDIN indiquant la localisation du Bourge

Ces dernières, réalisées par une équipe d’ingénieurs géographes appartenant à l’atelier versaillais des Naudin lors de leurs recherches en Lorraine, référencent un site nommé « le Bourque château ruiné ».

Le cadastre napoléonien de 1823 évoque un lieu appelé « Le Bourge » qui s’étendrait sur dix parcelles et comporterait de nombreux souterrains. Il contiendrait des restes antiques et aurait eu des éléments architecturaux comme un donjon, des tours carrées ou encore un chemin de ronde. Le terme de Bourge pourrait dériver du latin « burgus » signifiant une forteresse ou un fortin. On retrouve à l’époque antique de nombreux postes militaires fortifiés près des frontières.

L’existence d’un tel site et de son architecture est seulement supposée car aucune fouille n’avait été entreprise jusqu’à l’année 1917. En effet, durant la Grande Guerre, le site de Senon est le théâtre de fouilles archéologiques commandées par les troupes allemandes.

Des fouilles archéologiques allemandes à Senon

En mai 1917, les Allemands renforcent leur position à Senon par le creusement de tranchées et la construction d’un abri bétonné. Suite à une découverte fortuite de vestiges archéologiques à l’angle sud-est du Bourge, des fouilles sont placées sous la direction du lieutenant de réserve Heribert Reiners et de Friedrich Drexel, assistant à l’Institut archéologique de Francfort-sur-le-Main.

Fragment de stèle funéraire gallo-romaine retrouvé à Senon

Fragment de stèle funéraire gallo-romaine retrouvé à Senon

Leurs travaux permettent de mettre au jour le fortin du Bourge et plusieurs bâtiments du vicus gallo-romain dont une partie des thermes et un petit « édifice municipal ». Le mobilier, rapidement transféré avant la reprise des tirs d’artillerie est retrouvé, à la fin du conflit, au dépôt de la Porte des Allemands à Metz.

Monument au satyre et au joug

Monument au satyre et au joug, trouvé sur le site du "Bourge" à Senon en 1917

L’armée allemande dégage également d’autres pièces comprenant une grande salle dallée avec une piscine au centre, dans laquelle on descendait par des marches. Cette salle communique avec un hypocauste par une porte. Deux autres pièces chauffées par le sol sont identifiées. Aucune date précise de construction de l’édifice et de ses modifications ne peut être donnée, mais les niveaux de destruction suggèrent une utilisation du bâtiment au moins jusqu’au milieu du IVe siècle.

Une découverte archéologique exceptionnelle

Des colonnes, des corniches décorées et des sculptures sont découvertes et sont aujourd’hui conservées au musée de Verdun.

Un autre bâtiment rectangulaire est identifié sans preuves par Drexel comme une « curie », une sorte de forum. Les fouilles se poursuivent également près des « souterrains » existants. Drexel y dégage le mur d’enceinte d’un fortin quadrangulaire. A un des angles du mur, il interprète les fondations comme l’assise d’une éventuelle tour. D’après cet élément, il conclut que les quatre angles étaient renforcés chacun d’une tour. L'état de conservation des murs du Bourge est variable. Ils ont une épaisseur moyenne de 1,20 m et sont constitués de 2 assises de pierres. Le tout est lié par du mortier.

Le lieutenant Reiners, devant une des trouvailles de Senon

Le lieutenant Reiners, devant une des trouvailles de Senon

A l’intérieur de l’enceinte, les fouilleurs trouvent un chemin de ronde couvert dont les poteaux sont supportés par des dés en pierre. La porte devait probablement se situer au niveau de l’échancrure. Le démontage d’une partie des murs de soubassement permet aux archéologues de recueillir de nombreux fragments de monuments funéraires. Un squelette humain non daté est découvert près du chemin de ronde. La calcination presque générale des pierres à l’intérieur de l’édifice indique que ce fortin a été incendié comme le montrent des tuiles vitrifiées, du bronze et du verre fondus.

Plusieurs études avancent que le site de Senon est un castellum de route chargé de surveiller avec le site de Saint-Laurent-sur-Othain la voie parallèle à l’Othain, un fortin qui assurait la liaison entre Reims-Metz et Reims-Trèves. Une route le reliant aux ateliers de potiers d’Avocourt en passant au nord de Verdun est attestée.

Drexel lors de fouillesCe bâtiment a pu être attaqué et incendié au cours du IVème siècle par les Alamans. L’empereur Julien aurait pu connaître le siège de Senon au IVème siècle. Le vicus a pu aussi péricliter en raison d’une modification des courants commerciaux. Toutefois en l’absence de fouilles récentes rien ne permet de l’affirmer avec certitude.

Fouilles réalisées à Senon lors la Grande Guerre

Les fouilles de Drexel s’arrêtent rapidement suite au pilonnage français. L’état-major français pense que les troupes allemandes construisent une plate-forme pour un canon de gros calibre.

Les monuments funéraires sont entreposés à Metz par les Allemands et seront transférés au musée de la Princerie de Verdun à la suite d’une délibération du conseil municipal de Senon (24 janvier 1929) qui en fait don au dit musée.

Par contre les monnaies et poteries découvertes n’ont pas été retrouvées.

Le devenir du site de Senon

Après la guerre, le site du Bourge reste en l’état avec ses tranchées de défense militaire et ses tranchées de fouilles archéologiques. Les terrains alentours sont nivelés.

Dans les années 20, le site gallo-romain de Senon connaît des dommages suite aux intempéries qui ont provoqué l'éboulement des talus des tranchées de fouilles archéologiques et l'effondrement de portions de mur. Le fossé creusé à l'ouest de la butte est comblé par le propriétaire du terrain. D’autres tranchées sont utilisées comme dépotoirs par les propriétaires des champs voisins. De nombreux éléments archéologiques sont encore sur le terrain : tessons de poteries, débris de fioles, lamelles de bronze, monnaies, …. Un bloc de pierre sculptée provenant d'une stèle et complétant celui découvert par Drexel est même retrouvé. Il porte l’inscription suivante : « D M REGINA ET ATTIOLA FIL » (« Diis manibus Regina et Attiola filia : aux dieux mânes Regina et Attiola sa fille »)

Classés monument historique en 1923, les bâtiments enfouis sont situés sur trois parcelles appartenant au bureau de bienfaisance de Senon (Section C, numéros 131 et 132) et à Joseph Artisson (Section C, numéro 133).

Senon

Vue aérienne de Senon

En 1970, trois sondages permettent de découvrir de nouveaux éléments architecturaux et de confirmer certaines hypothèses de Drexel comme l’existence d’un hypocauste.

Aujourd’hui, les prospections géophysiques menées depuis plusieurs années sur le territoire de Senon dévoilent l’étendue (40 ha) et le plan de la petite ville gallo-romaine qui entoure le Bourge. En 2012, la prospection par géoradar, à l’intérieur du Bourge n’a pas révélé la présence de structures sous-jacentes pertinentes.

Des missions de prospection aérienne et de prospection géophysique électrique, menées en 2004, 2005 et 2011, démontrent également l’existence de deux théâtres gallo-romains à Senon et à Amel.

Par Jean-Bernard LAHAUSSE

Pour aller plus loin :

- CHENET, Georges. « L’établissement gallo-romain et le Bourge de Senon (Meuse). Les fouilles allemandes de 1917 à Senon ». Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1922, p. 126-144

- TOUSSAINT Maurice, « L'Agglomération Gallo-Romaine de Senon », 1934

- http://www.senon-epona.fr/

Septembre 2014 Novembre 2014

Fort de Liouville

Lieu

du

Mois

Maucourt-sur-Orne

Fort de Liouville Maucourt-sur-Orne
Saillant de
Saint-Mihiel
 Champ de bataille
de Verdun

Crédits photos : Fragment de stèle funéraire gallo-romaine retrouvé à Senon « Bourge » (Meuse) photographié le 25 mai 1918 - © Musée de la Cour d’Or-Metz Métropole, KM 83.3
Monument au satyre et au joug, trouvé sur le site du "Bourge" à Senon en 1917 - © Droits réservés
Carte des NAUDIN indiquant la localisation du Bourge - 
© Droits réservés

Le lieutenant Reiners, devant une des trouvailles de Senon - © Droits réservés
Fouilles réalisées à Senon lors la Grande Guerre - © Droits réservés
Vue aérienne de Senon - © Droits réservés

 

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