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Image Le Fort de Douaumont

01/02/2011Lieu du Mois - Février 2011 - Le Fort de Douaumont

Lieu du Mois - Février 2011 

Le Fort de Douaumont

Dans la multitude des noms attachés à la Bataille de Verdun, ce sont sans doute les trois syllabes de Douaumont qui restent les plus emblématiques. Douaumont est à la fois le nom d'un des neufs villages disparus devant Verdun, englouti par les mois de bombardements incessants, et celui d'une forteresse, le Fort de Douaumont, bouclier de pierre, de béton et d'acier dressé comme un rempart devant Verdun.

1874 - 1914 – Naissance d'une forteresse imprenable

Dans les travaux de mise en défense de la place-forte de Verdun, engagés par le Général Séré de Rivières à partir de 1874, le site de Douaumont est très tôt identifié comme primordial. Le signal de Douaumont, perché à près de 400 m, constitue en effet un remarquable observatoire qui permet de surveiller et verrouiller les approches nord de la place. A partir de 1881, les études pour le déploiement d'une deuxième ceinture de forts autour de Verdun, intégrant la position de Douaumont, sont engagées. A Douaumont, les travaux débutent en 1885, mais à peine achevée, les oeuvres vives de ce fort en pierre doit être mises à l'épreuve des récents progrès de l'artillerie : ainsi, en 1887 et 1888, une carapace de 41000 m3 de béton est coulée sur le massif du casernement, désormais protégé par 1,50 à 2,50 m de béton spécial.

Douaumont, vue aérienne du fort avant 1916

Douaumont, vue aérienne du fort avant 1916


Ce gigantesque chantier est le point de départ de renforcements successifs : coffres de flanquement bétonnés dès 1889, casemate d'artillerie pour couvrir l'intervalle vers l'ouvrage de Thiaumont, puis intégration d'organes cuirassés : entre 1901 et 1913, on y installe deux tourelles de mitrailleuses, une tourelle pour deux canons de 75 mm et une imposante tourelle pour un canon de 155 mm. Et comme il faut bien donner des yeux à la forteresse désormais caparaçonnée de béton et d'acier, on l'équipe de six observatoires cuirassés. En 1914, le fort de Douaumont est le vaisseau amiral de la place de Verdun. Doté d'armes parmi les plus modernes et manœuvré par un équipage de 500 hommes, il est assurément une forteresse imprenable.

21 février 1916 – Douaumont ist gefallen

En 1914 et 1915, alors que la place de Verdun est aux trois-quarts enveloppée par la ligne de front, le fort de Douaumont est épisodiquement ciblé par l'artillerie allemande, qui le met à l'épreuve de ses canons lourds, notamment ses 420 mm qui parviennent parfois à percer sa cuirasse. Bien que parfaitement opérationnel, en septembre 1915, le fort est vidé d'une large partie de ses armes et de ses défenseurs pour alimenter les offensives en Champagne. C'est dans cette situation de grande vulnérabilité que le fort se trouve au matin du 25 février 1916.

Le fort bouleversé par les bombardements, vue aérienne, 10 octobre 1916

Le fort bouleversé par les bombardements, vue aérienne, 10 octobre 1916

Depuis 4 jours, l'offensive allemande devant Verdun est engagée, bousculant les unités françaises et progressant de plus de six kilomètres. Les ordres de mise en défense des forts, donnés tardivement, n'ont pu être exécutés, et le 25 février, le seul renfort arrive sous la forme d'un sergent du Génie venu préparer les charges de destruction du fort, s'il venait à être abandonné. Vers 15h, les Allemands sont à moins de 500 m du fort. Il ne reste que deux heures avant la tombée de la nuit. Face à ce qui leur semble être une trouée béante dans la résistance française, les officiers du 24e IR du Brandebourg lancent deux bataillons à l'assaut du « mont ». A 16h30, trois compagnies allemandes investissent le fort, précédées par les pionniers du sergent Kunze chargés d'ouvrir des brêches dans les défenses passives qui entourent le fort. Le fort est ainsi pris sans combats et ses 66 défenseurs faits prisonniers. "Le fort blindé de Douaumont, pilier nord-est de la ligne principale des fortifications permanentes de la place de Verdun, a été pris d'assaut hier après-midi par le 24e régiment d'infanterie de Brandebourg. Il est solidement au pouvoir des troupes allemandes." annonce la presse outre-Rhin, et toutes les cloches de l'Empire sonnent à la volée, résonnances de la promesse d'une victoire prochaine à Verdun.

Le fort de Douaumont : histoires partagées

Durant 8 mois, le fort va rester aux mains des Allemands : ils vont le transformer en abri pour les troupes et en base logistique, indispensable pour appuyer la poursuite de leur avance vers Verdun. A la tête d'un faisceaux de ravins montant depuis les arrières allemands, le fort devient ainsi un des principaux points d'entrée sur le champ de bataille, voyant passer les unités montantes et descendantes : ici, à Douaumont, c'est toute une histoire des combattants allemands devant Verdun qui s'écrit, avec ses pages de douleurs : le fort est bombardé sans relâche par l'artillerie française dont les obus rongent progressivement le béton des façades et écrasent les superstructures. Il est aussi l'objet d'un dramatique épisode, à mettre en parallèle avec le tragique incendie, côté Français, du tunnel de Tavannes : le 8 mai 1916, l'explosion d'un dépôt de munitions souffle le fort et sa garnison. Si le bilan reste incertain, il est probablement supérieur à 1000 victimes, dont 679 sont encore aujourd'hui inhumées dans la nécropole souterraine du fort.
Du côté Français, on n'aura de cesse, au cours de l'année 1916, de reprendre Douaumont. Une première offensive, du 22 au 24 mai, est un dramatique échec qui engloutit plusieurs milliers d'hommes. L'effort offensif allemand de l'été contenu, il faudra le secours de l'artillerie lourde sur voie ferrée et de ses nouveaux obusiers de 400 mm pour entamer la résistance de la forteresse. Entre le 21 et le 23 octobre 1916, de terribles coups au but écrasent la garnison, dont l'essentiel évacue un fort dévoré de l'intérieur par les incendies. Le 24 octobre 1916, les troupes d'assaut françaises reprennent un fort de Douaumont presque vidé de ses défenseurs, et quelques jours plus tard ce sera le tour du fort de Vaux, « captif » depuis juin, d'être « délivré ».

La nécropole allemande de Douaumont

La nécropole allemande de Douaumont

Ainsi ballotté entre les deux adversaires, Douaumont est le concentré et le creuset des douleurs subies à Verdun, à tel point que en juin 1920, c'est dans les entrailles de la forteresse meurtrie que les premiers promoteurs d'un lieu pour les morts de Verdun projettent d'installer leur ossuaire. Il reste dès lors le témoin privilégié de l'expérience mutuelle vécue par les combattants français et allemands devant Verdun, et en ce sens, la visite à Douaumont se doit d'être l'indispensable fenêtre ouverte sur la mémoire allemande de la bataille de Verdun.

Rubrique écrite par Airy DURUP DE BALEINE,
chargé de mission à la Mission Histoire

Janvier 2011  Mars 2011

 Bois des Caures

Lieu

du

Mois

Romagne-sous-les-Côtes 

Bois des Caures  Romagne-sous-
le-Côtes
Champ de bataille
de Verdun
  Arrière-front
allemand

Crédit Photo : Fort de Douaumont, façade du casernement © ADDB
Douaumont, vue aérienne du fort avant 1916 © DR
Le fort bouleversé par les bombardements, vue aérienne, 10 octobre 1916 © DR
La nécropole allemande de Douaumont © ADDB

 

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