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Image Le Bois des Caures

01/01/2011Lieu du Mois - Janvier 2011 - En positions au Bois des Caures

Lieu du Mois - Janvier 2011

En positions au Bois des Caures  

A l'automne 1915, voici plus de 400 jours que la « Guerre Européenne » est déclarée. Elle n'est plus depuis longtemps cette guerre courte et décisive espérée en 1914, mais est devenue une guerre de position, où les nations s'épuisent mutuellement. Pour l'Allemagne, la recherche d'une percée décisive, promesse d'une future paix négociée, est devenue une nécessité absolue. Le 15 décembre 1915, la décision est prise d'attaquer devant Verdun : ce sera l'opération « Jugement », confiée au Kronprinz, le fils de l'empereur d'Allemagne.

Verdun, un « hérisson » menacé et dépouillé de ses piquants

En 1914, Verdun est la première place-forte française. A l'issue de 40 années d'incessants travaux de mise en défense, la ville est entourée par plusieurs ceintures de fortifications sans cesse modernisées (dont les puissants forts de Douaumont et de Vacherauville), disposant d'un arsenal d'artillerie de près de 1000 pièces de tous calibres et d'une garnison de 66 000 hommes. Durant les premières semaines de guerre, les offensives allemandes évitent le choc frontal avec le « hérisson » de Verdun qui semble imprenable, mais les manœuvres de débordement et d'encerclement tentées par les armées allemandes au cours du mois de septembre 1914 échouent successivement. Le secteur de Verdun, pivot Est du front français, forme depuis lors une hernie que les Allemands étranglent au sud à Saint-Mihiel, où ils contrôlent le passage sur la Meuse, et au nord-ouest en Argonne.

Carte du secteur de Verdun
Carte du secteur de Verdun

De là, leur artillerie lourde à longue portée menace les principales communications, notamment la voie ferrée de Paris : seule la route de Bar-le-Duc (la future «Voie Sacrée») est à l’abri. Ainsi, Verdun peut être attaquée sur plusieurs côtés, avec de gros moyens : les Allemands peuvent en effet compter, pour acheminer hommes, matériels et munitions, sur un important réseau ferroviaire présent dans leur zone d’arrière-front. Là, à couvert des forêts de la Woëvre ou sur les buttes de Romagne-sous-les Côtes et du Morimont transformées en citadelles, ils peuvent rapidement densifier leurs installations d'arrière-front et installer la puissante base offensive dont la Ve Armée du Kronprinz aura besoin pour l'opération « Jugement ». Du côté français, le front de Verdun réputé calme est à l'inverse délaissé. Le 5 août 1915, le commandement français, en créant la nouvelle Région Fortifiée de Verdun, a engagé le désarmement du secteur fortifiée de Verdun. Il s'agit alors de récupérer les pièces d'artillerie et leurs dotations de munitions pour nourrir l'offensive prévue en Champagne fin septembre 1915, et de transférer une partie des troupes sur d'autres secteurs du front jugés prioritaires : dégarnie de l’essentiel de ses hommes, de ses canons, de ses munitions, ses forts laissés sans garnisons, dépouillée de ses réserves et de ses rechanges jusqu'aux rouleaux de fil téléphonique (ce qui fera cruellement défaut dans les premiers jours de la bataille), Verdun est désormais une proie accessible.

Au Bois des Caures, dans l'attente de la ruée

Dès le mois d'août 1915, pour pallier la diminution des forces et réintégrer la place-forte au dispositif de la ligne de front, l'ordre est donné de réorganiser et de renforcer les défenses face aux Allemands. Il s'agit de constituer un ensemble de lignes de positions, échelonnées dans la profondeur, loin devant Verdun et sa ceinture extérieure de forts. Malgré les ordres, les travaux prennent du retard. Les effectifs sont insuffisants, les unités territoriales, plus âgées, représentent désormais la moitié des troupes et ne peuvent être soumises aux corvées de façon soutenue, et les conditions météorologiques retardent les travaux. Ainsi, en décembre 1915, tout reste à faire.

Au Bois des Caures, à 14 kilomètres au Nord-Est de Verdun, le Lieutenant-Colonel Emile Driant commande les 56e et 59e Bataillons de Chasseurs à Pied, demi-brigade de la 72e DI.

Le Lieutenant-Colonel Driant (au centre) au milieu de ses chasseurs
Le Lieutenant-Colonel Driant (au centre) au milieu de ses chasseurs

Député de Nancy en 1914, alors âgé de 59 ans, il a volontairement repris dès la mobilisation du service et s'est trouvé en 1914 affecté auprès du Gouverneur de la Place de Verdun comme commandant d'une unité de chasseurs à pied. Il est en charge depuis la fin de l'automne de la défense du bois des Caures, une zone étirée sur 2000 mètres de front et profonde de 800 mètres au contact de l'ennemi.. Conscient de la vulnérabilité des défenses, il n'a depuis des mois de cesse d'en organiser le renforcement, malgré un automne humide qui a détrempé les sols, ennoyant les fonds des tranchées et éboulant les boyaux de liaison.

 Plan de l'organisation défensive du Bois des Caures
Plan de l'organisation défensive du Bois des Caures

Début 1916, il a ainsi réussi à hâter l'organisation d'un centre de résistance comprenant une première ligne de retranchements de campagne, puis une deuxième ligne de cinq petites redoutes en terres armées de rondins et de gabionnages (R1 à R5). Au centre, en arrière de R2 est installé le PC du Colonel Driant, le seul ouvrage bétonné du secteur.

Driant (2e en partant de la gauche) posant devant son PC au Bois des Caures
Driant (2e en partant de la gauche) posant devant son PC au Bois des Caures

Ce dernier est une simple galerie semi-enterrée, réalisée en béton armé et éclairée par quelques embrasures. C'est de là, depuis des mois, qu'il n'a de cesse d'alerter sur les menaces qui pèsent sur Verdun. Le 22 août 1915, alors que la place de Verdun est vidée de ses canons, il écrit en sa qualité de parlementaire au président de la chambre des députés : « Nous pensons ici que le coup de bélier sera donné sur la ligne Verdun-Nancy... Si les Allemands y mettent le prix […] ils peuvent passer ». Dans les semaines qui suivent, il sent monter la menace, alors que les signaux d'une offensive prochaine lui parviennent de façon répétée. Le 20 janvier, il rédige l'ordre du jour à sa demi-brigade dans des termes qui ne laissent aucun doute: « L'heure est venue pour les gradés et les chasseurs des deux bataillons de se préparer à l'action, et pour chacun de réfléchir au rôle qui va lui incomber. Il faut qu'à tous les échelons on soit pénétré que dans une lutte aussi morcelée que celle qui s'apprête, nul ne doit se retrancher derrière l'absence d'ordres pour rester inerte. Multiples seront les interruptions de communications, fréquentes les occasions où des portions d'effectifs se trouveront livrées à elles-mêmes. Résister, arrêter l'ennemi par tous les moyens doit être la pensée dominante de tous. Les chasseurs se rappelleront surtout que dans les combats auxquels ils ont assisté depuis dix-sept mois, ils n'ont laissé entre les mains de l'ennemi d'autres prisonniers que des blessés. Les chasseurs ne se rendent pas. ». Le 10 février 1916, dans une des dernières lettres à son épouse, il écrit « Il me semble qu'il y a une éternité que je vous ai écrit, fort absorbé par tous ces préparatifs qui se passent chez nos affreux voisins. […] Un déserteur nous disait hier que le Kronprinz venait souvent à Romagne assister aux débarquement de munitions et leur avait dit : il faut absolument prendre Verdun. L'Empereur viendra vous passer en revue sur l'esplanade de la ville, et la paix sera conclue de suite ».

Driant ne le sait pas, mais à cette date, le sort de ses chasseurs est déjà scellé. L'assaut allemand aurait déjà dû le submerger. L'ordre d'attaque, prévu pour le 8 février, a seulement été repoussé à cause des mauvaises conditions météo. Le 20 février, un prisonnier allemand confirme un assaut imminent, et Driant hâte les derniers préparatifs. Le 21 février au petit matin, sous un ciel de froidure enfin éclairci, et alors que Driant fait le tour d'un chantier de retranchement où travaille une compagnie de réserve du 56e BCP, les premiers obus d'un bombardement qui va durer 10 heures et noyer le front de Verdun sous deux millions de projectiles commencent à écraser le bois des Caures. La bataille pour Verdun vient de commencer.

Pour visiter :

Le site du Bois des Caures est accessible en voiture depuis Verdun par la D 964 direction Sedan, puis à Vacherauville par la D 905, direction Damvillers/Montmédy. Sur place, parking pour voitures et aire de bus. Circuit pédestre de plein-air, visite libre et gratuite, avec balisage et information historique. Circuit de 800 mètres (compter 45 min) pour découvrir le PC, la tombe de Driant et le monument commémoratif aux chasseurs des 56e et 59e BCP où une cérémonie du souvenir est organisée tous les 21 février. Possibilité de parcours pédestre vers le village détruit de Beaumont-en-Verdunois (5km AR).

Rubrique écrite par Airy DURUP DE BALEINE,
chargé de mission à la Mission Histoire

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 Camp Marguerre

Lieu

du

Mois

 Fort de Douaumont

Camp
Marguerre
 Fort de
Douaumont
 
Arrière-front
allemand
  Champ de bataille
de Verdun

Crédit Photo : © Bois des Caures
© Carte du secteur de Verdun
Le Lt-Colonel Driant (au centre) au milieu de ses chasseurs - © DR
© Plan de l'organisation défensive du Bois des Caures
Driant (2e en partant de la gauche) posant devant son PC au Bois des Caures - © DR

 

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