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Image L'ouvrage de Froideterre

01/11/2010Lieu du Mois - Novembre 2010 - L'ouvrage de Froideterre

Lieu du Mois - Novembre 2010

L'ouvrage de Froideterre 

« Froideterre, Souville, La Laufée : autant de môles qui ne cédèrent pas dans ces luttes désespérées. Sur le champ de bataille bouleversé, ils furent comme des rocs inébranlables où la défense put s'accrocher ». C'est par ces mots que le Général Pétain, quelques années après la bataille de Verdun, résume l'importance que les fortifications, édifiées avant 1914, eurent dans le déroulement de la bataille de Verdun. Si La Laufée et Souville sont aujourd'hui des sites difficilement accessibles à la visite, l'Ouvrage de Froideterre s'offre comme un site exemplaire du « Musée de Plein Air » du champ de bataille, soigneusement entretenu et aménagé pour la visite extérieure.

Un point clé fortifié en deux étapes.

Dès le mois de juin 1873, Verdun, devenue ville-frontière et nouvelle sentinelle face à l'Allemagne, est programmée pour devenir une des principales places-fortes de l'Est au sein du dispositif imaginé par le Général Séré de Rivières. Le site de Froideterre, surplombant la vallée de la Meuse, est repéré comme essentiel : on prévoit d'y installer une batterie d'artillerie pour participer au verrouillage du passage de la Meuse à l'aval de Verdun. Le projet est finalement ajourné, la place-forte se met en place et c'est seulement en 1888, 15 ans plus tard, que Froideterre revient au devant des priorités : on décide alors d'y implanter un ouvrage d'infanterie pour mettre en sûreté les nouvelles batteries d'artillerie qui sont créées sur le secteur, aussi doté d'un abri-caverne (l'abri des Quatre Cheminées) et de dépôts de munitions souterrains. Cet ouvrage d'infanterie, prévu pour 100 hommes de troupe, comportait une caserne centrale maçonnée et deux abris latéraux, le tout ceinturé par un fossé. Il n'en reste aucune trace : 10 ans plus tard, il est entièrement démoli pour donner naissance à l'ouvrage actuel. C'est en effet entre 1902 et 1904 que « le nouveau » Froideterre sort de terre, avec quatre blocs séparés, disposés en arc de cercle autour d'une cour centrale.

 

Plan de l'ouvrage de Froideterre

La nouveauté est double : d'une part, il est largement construit en béton armé afin d'assurer sa résistance face aux progrès rapide de l'artillerie, d'autre part il est équipé de cuirassements (cloches d'observation, mitrailleuses, tourelle de 75mm) qui mettent à l'abri ses armements. A cela s'ajoute une casemate d'artillerie bétonnée dite « casemate de Bourges ». De simple position d'infanterie, Froideterre est devenu un ouvrage d'artillerie doté d'un importante puissance de feu, maillon désormais essentiel dans l'organisation défensive qui s'est déployée sur les campagnes autour de Verdun. 

Ouvrage de Froideterre avant 1914

L'ouvrage de Froideterre avant 1914

1916 : Froideterre «sous les Orages d'Acier»

Dès le début de l'offensive devant Verdun, en février 1916, Froideterre est une cible privilégiée pour l'artillerie allemande. En quelques semaines, les superstructures sont criblées d'entonnoirs, le parapet de tir est brisé, les défenses accessoires (grilles, réseaux de fils, piquets) sont hachées et les constructions annexes en maçonnerie sont écrasées. Pourtant, les organes vitaux, à l'abri sous le béton et d'acier, sont pour l'essentiel préservés, même si quelques coups ont créé des brèches colmatées à la hâte. Pour renforcer la cohésion défensive du site, on entame le creusement de galeries souterraines de liaison, qui ne seront finalisée qu'en 1917, et on dote la garnison de mitrailleuses pour la défense rapprochée. En juin 1916, l'avancée des Allemands sur le plateau de Thiaumont leur permet d'envisager un offensive d'envergure : il s'agit de pousser vers Froideterre et Fleury-devant-Douaumont et de dépasser ces ultimes verrous pour hâter la chute de Verdun, espérée et attendue depuis de si longs mois. Dès le 17 juin, les tirs d'écrasement de l'artillerie débutent, avec une intensité exceptionnelle et l'emploi d'obus « briseurs de cuirasse ».

A l'aube du 23 juin, après une nuit de bombardement avec obus à gaz qui a désorganisé la défense française, les Allemands lancent leur offensive. En quelques heures, ils progressent sur la ligne de crête qui court de Thiaumont à Froideterre, bousculant et dépassant tous les réduits défensifs français. A 9h00, la tête de pont offensive allemande est repérée en progression vers Froideterre, où sont retranchés moins de 150 hommes. A 10h00, un groupe d'assaut, mené par le Lieutenant Karl (Xe IR Bavarois) aborde le glacis et puis se glisse dans la cour de l'ouvrage, désormais submergé : la tourelle de mitrailleuse Nord, faussée, ne peut être pointée pour dégager les glacis, et les assaillants lancent des grenades par les brèches de la caserne, provoquant l'incendie d'un dépôt de munitions. Depuis l'ouvrage fumant, les postes de mitrailleuses disposés aux entrées entrent en action, obligeant les Allemands à se terrer dans les entonnoirs qui jalonnent la cour ou à se replier dans les fossés du fort. C'est alors que la tourelle de 75, jusque là préservée, est mise en batterie : grâce au tir de boites à mitraille, elle va réaliser un véritable « épouillage » en règle des dessus et des abords de l'ouvrage. L'abordage de l'ouvrage est avorté, et vers 12h00, il est définitivement dégagé par une contre attaque menée par les renforts du 106e BCP et du 297e RI, mais il restera encore menacé de longs mois, à moins de 2000 mètres des premières lignes et donc à la portée d'un coup de main.

Un ouvrage sauvé de l'oubli

Après guerre, l'ouvrage en partie ruiné est laissé en l'état. Il fera l'objet en 1932 de travaux de remise en état de ses armements et de ses locaux, puis après la Seconde Guerre mondiale, il est déclassé et laissé à l'abandon. En peu de temps, le voilà recouvert par la végétation, suscitant l'émotion des anciens combattants : « En ces lieux qui mériteraient tant d'être sauvés, tout n'est plus qu'abandon et oubli. Envahis par les ronces et les épines, noyés dans la forêt sacrilège et triomphante, ils ne mériteront plus sur les cartes que cette mention définitive : ouvrages ruinés » (F. Ducom). 

L'ouvrage à la fin des années 60

L'ouvrage à la fin des années 60

Il faudra attendre le début des années 70, et la création de l'Association Nationale du Souvenir de la Bataille de Verdun pour que l'ouvrage, entre temps transféré à l'Office National des Forêts, soit, à l'initiative de Léon Rodier, exhumé, remis en valeur et régulièrement entretenu. 

Le site de Froideterre aujourd'hui

Le site de Froideterre aujourd'hui

Et c'est aujourd'hui l'équipe d'un chantier d'insertion qui s'active et veille sur le site de Froideterre, fortification reliquaire à la puissance évocatrice intacte, désormais pris en charge par le Conseil Général de la Meuse.

Pour visiter :

Le site est accessible en voiture par la D913bis qui descend depuis l'Ossuaire de Douaumont vers la Meuse et permet de rejoindre Verdun en longeant la crête de Froideterre. On monte à l'ouvrage par une petit route d'accès qui débouche sur un parking aménagé dans la cour. La visite extérieure (les intérieurs qui présentent des dangers ne sont pas autorisés à la visite) balisée par des panneaux de présentation et des bornes explicatives permet de faire le tour de l'ouvrage, de comprendre l'organisation de ses différents éléments et aussi d'observer le paysage qui porte de façon saisissante la marque des dizaines de milliers d'obus tombés sur l'ouvrage.

Rubrique écrite par Airy DURUP DE BALEINE,
chargé de mission à la Mission Histoire

Octobre 2010  Décembre 2010

Batterie et tourelle Est de Douaumont 

Lieu

du

Mois

 Camp Marguerre

Batterie et
tourelle Est
de Douaumont
  Camp
Marguerre
Champ de bataille
de Verdun
  Arrière-front
allemand

Crédit Photo : Plan de l'ouvrage de Froideterre - © ADDB
L'ouvrage de Froideterre avant 1914 – Photographie aérienne - © DR
L'ouvrage à la fin des années 60 - © DR
Le site de Froideterre aujourd'hui - © ADDB

 

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