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Image Sur les hauteurs de Bois Brûlé

01/09/2010Lieu du Mois - Septembre 2010 - Devant Saint-Mihiel, sur les hauteurs de Bois Brûlé

Lieu du Mois - Septembre 2010

Devant Saint-Mihiel, sur les hauteurs de Bois Brûlé

Entre septembre 1914 et septembre 1918, pendant la quasi-totalité de la Première Guerre mondiale, le secteur de Saint-Mihiel fut occupé par les armées allemandes. Ce « saillant», résultant des efforts avortés pour réaliser l'encerclement de la place-forte de Verdun, fut dès la fin de l'automne 1914 un laboratoire de la guerre de position. Depuis leurs lignes puissamment retranchées, les deux ennemis organisèrent durant quatre ans un face à face acharné dont témoigne, sur les hauteurs dominant Âpremont-la-Forêt, un archipel de vestiges que les acteurs locaux du souvenir ont récemment sortis de l'oubli.

Deux tranchées face à face

Tranchée Française Bois Brûlé

Aménagements défensifs français, Bois Brûlé

Sur le rebord des Hauts de Meuse surplombant le village d'Âpremont, le secteur de Bois-Brûlé offre le spectacle saisissant de deux tranchées se faisant face, simplement séparées par un étroit no-man's land. Du côté allemand, l'organisation de première ligne est un véritable ouvrage de fortification permanente, dont les parois ont été bétonnées et équipées pour la guerre de position : créneaux d'observation, banquette de tir, petites niches à grenades ou à munitions, emplacement pour des échelles d'assaut, témoignent d'un dispositif élaboré pour être et rester une citadelle imprenable. Le long du tracé, volontairement irrégulier pour augmenter la longueur des lignes et le nombre de défenseurs tout en limitant le risque de prise en enfilade du dispositif, des sapes creusées en pleine roche offraient les abris indispensables aux combattants, « hommes-taupes » encagés au creux d'une tranchée profonde de près de trois mètres.

Tranchée Allemande

Tranchée allemande

Enfin, au sein de cette tranchée partiellement dégagée de la terre qui avait fini par en atténuer les formes, on peut observer plusieurs départs des boyaux de liaison, eux aussi confortés par des parois de béton : cordons ombilicaux entre l'avant et l'arrière des lignes, ces boyaux sinueux et étroits permettaient les relèves montantes et descendantes, l'évacuation des blessés ainsi que l'acheminement du ravitaillement, du matériel et des munitions. Eloignée de seulement quelques dizaines de mètres, la tranchée française offre une disposition et une organisation différentes. Creusée dans le rocher calcaire des Hauts de Meuse, elle s'inscrit dans les ouvrages de fortification passagère, privilégiés par une armée qui ne cessera d'envisager, sans y parvenir, la reconquête offensive du « Saillant de Saint-Mihiel ». De fait, dans le secteur, la plupart de ces installations de terre et de bois ont été effacées par le temps, et il a fallu un important travail d'archéologie militaire pour restituer la tranchée du temps de guerre. Ici, point de béton, mais un assemblage de sacs à terre, de madriers et de tôles, avec une ligne de défense aux parois retenues par des gabionnages et doublée sur ses devants par les éléments du réseau, avec ses piquets, ses fils de fer et ses « queues de cochon ». C'est ici, dans ce face à face rapproché, que fut mise au point une des premières techniques scientifiques de renseignement militaire, avec le développement d'un efficace système d'écoute des communications téléphoniques allemandes.

« Debout les morts ! »

En parcourant le sentier du souvenir tracé sur le secteur, on rencontre une croix de bois dressée en 1925, la Croix des Redoutes. Ce modeste monument, orné de plaques commémoratives, rappelle ici le souvenir des furieux combats, dont un épisode est devenu épopée combattante, qui se sont déroulés autour d'une ancienne redoute fortifiée formée de deux bastions réunis par une courtine et équipée d'abris. Dans les premiers jours d'avril 1915, au cours d'une des offensives françaises pour réduire le saillant, une section du 95e RI (un régiment qui s'illustrera aussi de façon héroïque dans le défense de Douaumont les 24 et 25 février 1916) se trouva submergée par une contre-attaque allemande. C'est alors que leur chef, l'adjudant Jacques Péricard, leur lança un cri de résistance ultime, « debout les morts ! » (expression couramment employée avant 1914 pour réveiller les soldats dans les casernes), provoquant un sursaut qui galvanisa les derniers hommes valides de sa section et permis au final à repousser l'assaut. Cet épisode, élan patriotique abondamment relayé dans la presse et érigé au rang d'épopée, reste un symbole de l'âpreté des combats qui ont opposé les deux armées durant près de 1500 jours, au point qu'il est illustré par un vitrail commémoratif qui orne aujourd'hui la nef de l'église de Marbotte (pour une découverte détaillée, voir la rubrique Monument du Mois de juillet 2010).

Aménagements défensifs allemands

Aménagements défensifs allemands de première ligne

Sur les lisières de Bois Jura

Sur les hauteurs de Bois Brûlé, il est aussi des lieux qui ne disent pas la douleur retenue depuis bientôt un siècle dans leurs entrailles, mais qui pourtant sont emblématiques. Un petit carré de plateau qui attend la moisson, un rideau forestier à l'horizon : nous voilà sur les lisières du Bois Jura. En septembre 1914, alors que les Allemands viennent de réussir la conquête du vaste saillant de Saint-Mihiel, les Français tentent tout de suite de déloger l'occupant et portent leur effort sur le secteur de la route d'Apremont à Saint-Mihiel, vital pour la sécurité des communications allemandes. Retranchés dans le Bois Jura, des mitrailleuses postées en lisière, les Allemands ont puissamment organisé leur dispositif. C'est sur ces défenses que viendront se briser les vagues successives des assauts français, laissant des milliers de combattants au sol.

La Nation en armes faisait sur les champs de bataille de l'été 1914 la douloureuse expérience d'une guerre nouvelle où les machines, mitrailleuses ou canons, allaient bientôt submerger les hommes, faisant écrire à un jeune Lieutenant de 24 ans du 33e RI, Charles de Gaulle, blessé quelques semaines plus tôt, « Le premier choc est une immense surprise. […] En un clin d'oeil il apparaît que toute la vertu du monde ne prévaut point contre le feu ».

 

Crédit Photo : Plateau et lisières du Bois Jura, juillet 2010 - Restitution de l'organisation défensive de la tranchée française à Bois Brûlé - Tranchée allemande de première ligne à Bois Brûlé - Détail des aménagements défensifs de la tranchée allemande de première ligne - © Airy Durup de Baleine

 

Août 2010  Octobre 2010

  Canon Max de Duzey

Lieu

du

Mois

Batterie et tourelle Est de Douaumont  

 Canon Max
de Duzey
  Batterie et
tourelle Est
de Douaumont
Arrière-front
allemand
  Champ de bataille
de Verdun

Rubrique écrite par Airy DURUP DE BALEINE,
chargé de mission à la Mission Histoire

 

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