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Image Les Monuments de la 5th Infantry Division

01/09/2011Monument du Mois - Septembre 2011 - Les Monuments de la 5th Infantry Division

Monument du Mois - Septembre 2011 

Les monuments de la 5ème Division 

Après la Première Guerre mondiale, la 5ème Division est l’unité américaine qui fait ériger le plus grand nombre de monuments commémoratifs sur les différents champs de bataille où elle s’est retrouvée engagée. Après la guerre, les différentes unités de la récemment constituée US Army éprouvent le besoin de créer une tradition militaire à partir du souvenir des combats menés en France. La politique mémorielle de la 5th ID en est l’exemple le plus abouti. Cette forme de commémoration, comme toute la mémoire américaine de la Grande Guerre, s’étudie sur plusieurs temps, avec chacun leurs enjeux propres.

Il serait impossible de comprendre la construction de monuments par les services de la 5th ID sans la rapprocher du contexte de création d’une tradition militaire pour l’Armée américaine. A la fin de la Première Guerre mondiale et particulièrement au cours de l’offensive Meuse-Argonne, les insignes divisionnaires sont dessinées. Elles représentent le ciment d’un certain esprit de corps. Ces insignes répondent à l’organisation de l’Armée des Etats-Unis en unités modernes et structurées en 1917. Les divisions en deviennent l’élément de base. Le premier insigne conçu par les Américains se situe dans la lignée de ceux des camions français de la Voie Sacrée, il doit identifier les véhicules des American Expeditionary Forces comme Américains. Par la suite, le 18 octobre 1918, les divisions américaines reçoivent l’ordre de dessiner leur insigne avant décembre. Contrairement aux autres divisions de la Regular Army (Armée d’Active) qui étant composées de volontaires de l’ensemble des Etats-Unis font le choix d’un insigne se référant à leur nombre, la 5th Infantry Division choisit un symbole particulier, le diamant rouge. Le rouge fait référence à la couleur de l’artillerie, arme d’origine du commandant de la division. Le choix du diamant découle d’un slogan publicitaire de l’époque « Diamond dye - it never runs » (littéralement : « Le diamant colore – il ne déteint jamais »), en Anglais, cela peut donner un jeu de mot, « le diamant meurt – il ne fuit jamais ». Pour les divisions américaines, l’insigne est employé à des fins commémoratives, les monuments dédiés aux divisions fédérales, 1st, 2nd, 4th et 5th ID sont conçus autour de l’insigne, mis en valeur par la simplicité général du monument, souvent un obélisque.

Pont de Dun-sur-Meuse

Pont de Dun-sur-Meuse avec l'insigne de la 5th ID, le Red Diamond

Immédiatement après les combats et après la guerre, les services divisionnaires sont chargés d’édifier les monuments. Le but est de perpétuer le souvenir particulier des faits d’arme des unités engagées par les Etats-Unis mais à titre spécifique, le War Department échoue à empêcher la construction de monuments non fédéraux. Chaque division standardise ses monuments, adoptant une forme architecturale spécifique, presque un signe identitaire qui devient un élément de l’esprit de corps. La 5th ID adopte un obélisque à quatre faces, souvent dans le matériau bon marché qu’est le béton ou le granit. L’insigne, le diamant rouge est peint sur une face et une plaque en bronze rappelant les conditions de déplacement de la division est placée sur une autre. A défaut d’être les plus élaborés, ces monuments sont les plus nombreux, le premier se situe dans les Vosges, dans un secteur confiés à la division pour son entraînement ; trois sont érigés dans le secteur du Saillant de Saint-Mihiel tenu par la 5th ID ; enfin 24 monuments rappellent le parcours de l’unité durant l’offensive Meuse-Argonne (deux d’entre eux ont été détruits). Ces monuments sont attestés dès 1919, le guide Michelin référence alors le « monument américain commémorant le franchissement de la Meuse » près de Vilosne. La forme actuelle du monument est déjà présente, l’obélisque présente sur une face une plaque rappelant les évènements, et sur une autre l’insigne au diamant rouge de la division encore frappé du chiffre « 5 ». A noter qu’à l’origine, chaque obélisque se voir flanqué de deux mitrailleuses capturées aux Allemands, aujourd’hui disparues.

Plaque ajoutée en 1944

Plaque commémorative ajoutée en 1944

Les obélisques des trois secteurs marquent tous un point du champ de bataille remarquable pour l’histoire de la 5th ID. Les services divisionnaires tentent de rendre lisible le champ de bataille pour construire une épopée héroïque de leur unité.

Dans le secteur des Vosges, l’unique monument rappelle une opération offensive menée par la 5th ID le 17 août 1918, qui s’est soldée par la prise du village de Frapelle. La plaque stipule en enjolivant les faits « C’était la première opération offensive entreprise par des troupes américaines sur le front des Vosges. » Ces combats se sont déroulés dans le contexte de la dernière phase d’entrainement des unités américaines, la tenue d’un secteur réputé calme par une division américaine sous tutelle française.

Le champ de bataille de Saint-Mihiel compte trois monuments de la 5th ID. Si cette bataille s’est avérée courte (12 et 13 septembre 1918), elle marque l’acte de naissance de l’US Army, qui combat pour la première fois sous son propre drapeau. La 5th ID s’est vu confier un secteur sur la mâchoire Sud du saillant, là où s’est porté l’effort principal des Américains. Les obélisques ne marquent pas des lieux de combats à proprement parler. Les Allemands se repliant, les Américains ont progressé rapidement mais au prix de pertes conséquentes. Sur la route de Pont-à-Mousson, le monument rappelle l’emplacement du Poste de Commandement de la division au moment de l’assaut. Dans le village détruit de Regniéville, un obélisque se tient sur les lignes de départ de la première vague d’assaut de la 5th ID au matin du 12 septembre. Dans les sous-bois, derrière le monument, des restes de positions et de tranchées sont encore visibles. Ce monument comporte deux plaques de bronze, il représente l’unique exemple d’un monument divisionnaire mis à jour pendant la Seconde Guerre mondiale. Presque 26 ans jour pour jour après la réduction du Saillant de Saint-Mihiel, les « Red Diamonds » sont repassés dans ce même secteur avant de combattre en Moselle. Un dernier obélisque est érigé sur la position la plus avancée atteinte par la division après une journée de combats, à Vieville-en-Haye village capturé au soir de l’assaut, après une progression de 3km. Le faible nombre d’obélisques de la 5th ID dans le secteur de Saint-Mihiel témoigne de la rapidité de l’opération.

Le secteur de Meuse-Argonne compte le plus grand nombre de monuments frappés du diamant rouge. A l’origine, les services divisionnaires en érigent 24 le long du parcours de l’unité. Si la 5th ID n’est pas engagée dès le début de l’opération (le 26 septembre), ses actions accomplies en octobre et novembre 1918, notamment le long du fleuve, s’inscrivent immédiatement de la tradition militaire de la division.

Le premier monument du secteur, entre Cunel et Nantillois marque le point de départ de la division. La 5th ID y relève des éléments de la 80th ID (National Army ou troupe de réserve jugée inexpérimentée par les unités régulières) mais il est souligné aussi que des troupes de la 4th ID, (Armée régulière) sont remplacées dans ce secteur. La 5th ID souhaite se donner le prestige d’avancer où les plus aguerris piétinent.

Les limites du secteur tenu par la 5th ID sont toujours matérialisées par des obélisques. Ainsi, un monument est placé à un carrefour près de Romagne-sous-Montfaucon, sur l’aile Ouest de la division le 14 octobre. La plaque attribue la prise de la position stratégique et aujourd’hui symbolique (emplacement de la nécropole de Meuse-Argonne) à des troupes du Génie de la 5th ID. La prise de Romagne, comme celle de Montfaucon auparavant, fait l’objet d’une querelle mémorielle entre les unités présentes dans le secteur. Entre Brieulles et Dannevoux, le long du fleuve, le flanc droit au 1er novembre (avant le franchissement de la Meuse) est matérialisé par un monument. A Cunel, une plaque sur un obélisque explique la prise du village par une unité de la 5th ID, qui constitue un exploit en soit. L’utilisation des lieux comme Poste de Commandement divisionnaire pendant l’autre exploit qu’est le franchissement de la Meuse est également souligné. Les plaques commémoratives forment en quelques sortes l’hagiographie de la division. Ces deux monuments, situés dans le voisinage du cimetière américain de Romagne, ont fait l’objet d’une destruction. L’hypothèse d’une trop grande proximité nuisant au cadre des lieux peut-être avancée, ou bien l’auto-attribution de la capture des lieux à la 5th ID prêtait-elle à polémique.

Au Bois de Rappes, plus au Nord, un monument divisionnaire commémore un individu, le Major James D. Rivet et son sacrifice. A noter que la coutume n’est pas rare, de nombreux soldats sont cités à titre personnel, notamment pour la Medal of Honor qui met en avant l’exploit individuel. L’officier est tué le 15 octobre et le bois est signalé comme conquis seulement le 21, la simple mention de ces dates témoigne de la violence de la lutte et de la combativité de la 5th ID, ajoutant au prestige.

Le franchissement de la Meuse est bien mis en valeur. D’abord les actions préparatrice à la traversée elle-même. A Vilosnes le 6 novembre, la 5th ID, en attaquant par le flanc, aurait forcé les Allemands à se replier du secteur des Français (15e Division Coloniale à la droite de la Meuse). L’exploit est célébré comme le fruit de l’action américaine uniquement, et comme un facteur ayant permis le franchissement du fleuve.

A Villers-devant-Dun, un obélisque explique le changement d’objectif opéré le 3 novembre 1918. Les unités américaines ne doivent plus progresser vers le Nord et Mézières comme prévu, mais vers l’Est et le fleuve. Sur la route entre Sassey et Doulcon, un monument marque donc le point le plus au Nord atteint par la 5th ID.

Plusieurs lieux sont marqués comme des points de départ au franchissement. Devant l’ancienne gare de Brieulles, une plaque rend hommage à la fois à l’héroïsme des fantassins qui ont traversé le fleuve et le canal, et à celui des troupes du Génie qui ont établi les ponts de fortune sous le bombardement, entre les 4 et 5 novembre. Entre Brieulles et Cléry-le-Petit, le monument signale la traversée de fantassins d’autres unités sur des ponts identiques. Un obélisque sur la route de Dun à Verdun se tient à l’emplacement de ponts de fortune jetés sur la Meuse pour les soldats à pied. Un dernier monument sur la route de Dun-Doulcon, explique qu’un pont suffisamment solide a été aménagé là permettant le ravitaillement en munitions et fournitures lourdes. L’importance numérique des obélisques dans ce secteur laisse au visiteur l’idée que la traversée du fleuve est un haut-fait d’arme à attribuer uniquement à la 5th ID, qui n’est cependant pas la seule unité à s’être élancée sur l’autre rive de la Meuse pour en chasser l’artillerie de flanquement allemande.

L’établissement d’une tête de pont sur l’autre rive près de Liny-devant-Dun le 5 est l’occasion d’ériger un obélisque. La prise de Dun le 5 novembre et le débouché du pont jeté pour le ravitaillement sont rappelés aussi par un obélisque à Dun.

La traversée de la Meuse est aussi commémorée par un monument particulier, le pont sur le fleuve à Dun. Ce point, financé par les Américains lors de la reconstruction, se voit flanqué de balustrades de bronze rappelant la traversée de la Meuse par la 5th ID et la construction d’un pont de barques par le Génie sous le tir constant de l’artillerie allemande positionnée sur les Hauts de Meuse. Ce fait d’arme est présenté par le général Pershing comme « l’une des plus brillantes action de l’Armée américaine en France ». Cette épisode est le cadre de l’exploit du capitaine Edward C. Allworth. Après la destruction d’un pont de fortune, a entrainé ses hommes à nager vers l’autre rive. Une fois à terre, sa section s’est lancée à l’assaut des positions allemandes, forçant leur repli sur un kilomètre et permettant la capture d’une centaine de prisonnier. Son action, qui a permis de sécuriser la traversée du fleuve, lui a valu la Medal of Honor, plus haute distinction militaire. L’importance du lieu justifie le monument. Inauguré une première fois en 1931, le pont est détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est reconstruit au moyen de fonds de vétérans américains avant d’être inauguré de nouveau en 1950. Ce pont est doublé par la mention de la 5th ID sur le monument aux Morts de Dun-sur-Meuse.

La progression sur la rive droite de la Meuse voit l’érection de monuments aussi nombreux mais plus dispersés, révélant la rupture du front. Toujours sur la route de Dun à Verdun, l’obélisque près de Milly marque des avant-postes tenus début novembre, points de départs des futurs assauts.

Un obélisque caractérisé par ses grandes dimensions se tient au somment de la côte Saint-Germain, à Lion-devant-Dun. Contrairement aux autres, il est construit en pierre de taille, enduite à l’origine. Trois de ces faces reçoivent une inscription commémorative. La première rappelle que cette hauteur a accueilli le Poste de Commandement le plus avancé de la division le 11 novembre, valorisant le fait que la place s’est vue entièrement sécurisée. La seconde dresse une liste de l’ensemble des unités composant la 5th ID, Infanterie, Génie, Artillerie et Transmissions. La dernière inscription relate la prise de la côte le 6 novembre, soit le jour même de la traversée de la Meuse, montrant la rapidité de la progression.

A Mouzay, la plaque de l’obélisque fait mention d’une action toute à la gloire de la 5th ID tant elle parait idéalisée pour faire ressortir la dimension libératrice et salvatrice du combat. En prenant le village le 9 novembre, les Américains ont libérés des civils français, « femmes et enfants », le chiffre de 700 âmes est avancé par l’inscription. Ces civils sont présentés comme otages des Allemands en retraite. L’épisode met en avant l’image du doughboy libérateur.

Monument de Regniéville

Monument de Regniéville

Les derniers monuments de la rive droite se tiennent sur les dernières positions occupées le 11 novembre 1918 à 11 heures. Plusieurs unités de la division font ériger un monument sur les positions les plus remarquables.

Le village de Jametz comprend deux monuments. Au Sud du village, l’obélisque représente la position la plus à l’Est atteinte par la 5th ID. Au Nord du village, le monument se tient sur les avant-postes, à l’origine, le nom du commandant de la division, le général H.E. Ely, apparaissait dans le diamant rouge.

Les 9th et 10th Infantry Brigade ainsi que les 60th et 61st Infantry Regiments marquent leur avancée de quatre monuments.

En étudiant la répartition des monuments de la 5th ID dans le secteur de la bataille, les deux dernières phases de la bataille sont parfaitement illustrés. Le piétinement d’octobre et les difficultés face au franchissement de la Meuse voient la construction de monuments extrêmement concentrés. La rupture du front et le changement de direction effectué par les Américains sont commémorés par des obélisques dispersés et éloignés les uns des autres.

Dans le secteur de Meuse-Argonne, la mémoire de la 5th ID, à travers ses monuments, est entretenue par le dynamisme des associations locales, notamment le Souvenir Français. Des campagnes de restauration de monuments divisionnaires sont lancées, bénéficiant de l’éclairage des commémorations du 90e anniversaire des offensives franco-américaines de 1918. La restauration du monument de Lion-devant-Dun est la plus frappante. Cependant certains monuments restent en mauvais état et leur restauration fait l’objet de projet à moyen terme. L’attention portée par les Français à ces obélisques montre leur intégration complète au patrimoine local. Ces derniers servent aujourd’hui de support à une relecture du champ de bataille à des fins touristiques. Ils illustrent par leur nombre la participation américaine à la guerre et contribuent à rendre le paysage du champ de bataille, notamment de Meuse-Argonne, plus lisible et intelligible.

Rubrique écrite par Jérémy MATHEY

Revue de presse :

Est Républicain du 17 novembre 2014 : "La stèle américaine chère à Victor"
Est Républicain du 28 juillet 2011 : "Mais que sont toutes ses "pyramides" ?"
Est Républicain du 5 juillet 2011 : "Mise à neuf du monument américain de la Côte St-Germain de Lion"  
Est Républicain du 17 juin 2011 : "Au chevet des monuments américains" 

Juillet/
Août 2011
 Octobre 2011

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du

Mois

Monument de Thiaumont 

Cimetières Nationaux Monument en
hommage aux
régiments coloniaux
en Meuse Thiaumont

Crédit Photo : Pont de Dun-sur-Meuse
Plaque commémorative ajoutée en 1944
Monument de Regniéville - © Jérémy Mathey

 

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