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Image Stèle des fusillés de Fleury

10/03/2014Stèle des fusillés de Fleury

Monument du Mois – Mars 2014 

Stèle des fusillés de Fleury 

Bien avant les événements « médiatiques » de 1917, des exécutions sommaires « pour l’exemple », approuvées par la hiérarchie, sont recensées dans nombres d’unités de l’armée française, quel que soit leur secteur d’engagement.

Ainsi, le champ de bataille de Verdun n’échappe pas à ces tragiques événements. Le 11 juin 1916, Gustave Henri Valentin Herduin, né le 5 juin 1881 à Reims (51), et Pierre Millant, né le 13 novembre 1886 à Ambrazac (87) sont exécutés à Fleury.

Le 347ème RI dans l’enfer de Fleury

Au cœur de la bataille de Verdun, le 4 juin 1916, la 17ème compagnie du 347ème Régiment d’Infanterie, commandée par le sous-lieutenant Henri Herduin, ainsi que la 19ème compagnie du sous-lieutenant Pierre Millant, prennent position dans le secteur de la ferme de Thiaumont à Fleury.

Henri HerduinCe régiment, dirigé par le lieutenant-colonel de Lamirault, fait partie de la 103ème brigade du colonel Bernard, intégrée à la 52ème division du général Boyer.

Henry Herduin

Bombardé durant plusieurs jours, le terrain est complètement bouleversé et les tranchées n’existent plus. Après la prise du fort de Vaux, une violente attaque allemande se déchaîne dans la matinée du 8 juin et permet aux assaillants de déborder les positions françaises.

Dans un premier temps, les deux compagnies d’Herduin et Millant, appartenant au 5ème bataillon du commandant Deverre, s’accrochent au terrain. Les pertes du 347e RI sont lourdes, notamment en officiers. Le lieutenant-colonel de Lamirault est mortellement atteint par un éclat d’obus et le commandant Deverre est capturé.

A court de munitions et menacés d’encerclement, Herduin et Millant décident de mettre un terme à une lutte inutile qui ne peut mener qu’à l’anéantissement de leurs hommes. Ils profitent de l’obscurité de la nuit pour se replier sans éveiller l’attention des Landser.

Un repli mortel pour les deux officiers

Stèle des fusillésLa quarantaine de soldats réussit sa manœuvre, emportant même son armement collectif, soit huit mitrailleuses.

Stèle des fusillés de Fleury

Ils rejoignent les lignes d’un régiment voisin, le 293e RI, où un officier refuse de les incorporer et les exhorte à reprendre les positions abandonnées.

Passant outre ces instructions inexécutables, la petite troupe poursuit sa route jusqu’à Verdun. N’ayant pas pris le soin de rédiger un rapport justificatif, les deux officiers sont rapidement signalés au colonel Bernard et au général Boyer, commandant la division.

Deux jours plus tard, sans enquête et sans jugement, les officiers supérieurs ordonnent de faire fusiller les lieutenants Herduin et Millant. Les condamnés demandent alors à être entendus par le général Boyer, qui refuse de les recevoir et ordonne qu’ils soient immédiatement passés par les armes pour abandon de poste devant l’ennemi.

Le 11 juin 1916, en fin d’après-midi, les deux officiers sont conduits dans le bois de Fleury, près de la ligne du chemin de fer. Avant de mourir, ils crient leur innocence. Puis le sous-lieutenant Herduin, lui-même commande le feu de salve du peloton d’exécution.

Une erreur militaire « couverte » par la haute hiérarchie militaire mais dénoncée par l’opinion publique

L’affaire des fusillés de Fleury intervient quelques mois après l’adoption de la loi du 27 avril 1916 instaurant la suppression des cours martiales et des conseils de guerre spéciaux. Les deux officiers auraient dû être déférés devant un conseil de guerre et avoir le droit de se défendre.

Cette exécution, entachée d’irrégularités et fortement critiquée par le général Lebrun, commandant le groupe de divisions du secteur de Dugny, est pourtant couverte par les plus hauts échelons de la hiérarchie : Nivelle, Pétain ou encore Joffre.

A la fin de la guerre, la veuve du sous-lieutenant Herduin interpelle la Ligue des Droits de l’Homme qui entame alors une enquête. Son résultat est édifiant : aucune trace d’une condamnation n’est retrouvée. Les parlementaires s’indignent à leur tour et demandent des explications à l’Etat. Acculé, le ministre de la guerre Louis Barthou est contraint de reconnaître officiellement, en 1921, que les deux officiers ont été fusillés sommairement et en infraction avec la justice militaire alors en vigueur.

Leur réhabilitation posthume est prononcée par un arrêt de la cour d’appel de Colmar le 20 mai 1926.

Suite logique du jugement, les mentions « Mort pour la France », rayées en marge de leurs actes de décès par un jugement du 26 décembre 1917, doivent être réécrites. C'est bien le cas pour Henri Herduin. Mais Pierre Millant a officiellement récupéré sa mention "Mort pour la France" en décembre 2013.

Une stèle pour une redécouverte mémorielle

Peinture de FlickingerLe 4 novembre 2008 à 11 heures, une stèle en souvenir des deux officiers est inaugurée au village détruit de Fleury-devant-Douaumont en présence des autorités civiles et militaires et de nombreux porte-drapeaux d’associations.

Peinture issue de l'inspiration de Paul Flickinger

Œuvre du sculpteur lorrain Paul Flickinger, elle est le résultat d’une réflexion initiée par l’observation d’un des chapiteaux de la crypte de la cathédrale de Verdun sur lequel est sculpté un homme agenouillé attendant d’être exécuté.

Situé à quelques centaines de mètres du lieu de l'exécution d’Henri Herduin et Pierre Millant, le monument en pierre blanche figure une colombe, emblème de la Paix, et un soldat, tous deux foudroyés par la même balle. La composition symbolise ainsi le non respect des droits de l’Homme.

Sur le piédestal, une plaque est gravée d’un extrait du discours prononcé par le président de la République française Nicolas Sarkozy le 11 novembre 2008 à Douaumont :

« ceux qui furent exécutés alors ne s'étaient pas déshonorés, n'avaient pas été lâches mais simplement ils étaient allés à l'extrême limite de leurs forces »

Derrière le buste, se dressent deux pans de murs, ornés d’une envolée de colombes. Deux plaques rendent hommage aux deux officiers :

« A la mémoire de Henri Herduin
sous-lieutenant au 347e RI
Fusillé sans jugement le 11 juin 1916
dans le bois de Fleury-devant-Douaumont
Réhabilité en 1926.
Son corps a été exhumé en 1919
et repose dans le cimetière de l'Est à Reims »

Plaque en hommage à Henri Herduin

Plaque en hommage à Henry Herduin

« A la mémoire de Pierre MILLANT
sous-lieutenant au 347e RI
Fusillé sans jugement le 11 juin 1916
dans le bois de Fleury-devant-Douaumont
Réhabilité en 1926.
Son corps a été exhumé en 1919
et repose dans la nécropole nationale
de Douaumont tombe n° 6177 »

Revue de presse :

Est Républicain du 11 février 2014 : "14-18 : le fusillé retrouve sa mention marginale"
Est Républicain du 11 février 2014 : "Meuse : la mention réécrite"

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Février 2014 Avril 2014

Obélisque à la mémoire de la garnison de Troyon

Monument

du

Mois

Monument du 173e RI

Obélisque à la
mémoire de la
garnison de Troyon
 Monument du
173e RI 
au Fort de
Troyon 
 à Esnes-en-Argonne

Crédits Photos : Portrait d'Henri Herduin figurant - © Une du quotidien L'Humanité daté du 30 juillet 1924
Stèle des fusillés - © Droits réservés
Peinture de Flickinger  - © Paul Flickinger
Plaque en hommage à Henri Herduin - © Droits réservés

 

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