Focus

Image André Maginot

04/11/2014André Maginot, le meusien qui présida la cérémonie du choix

Biographie du Mois – Novembre 2014  

André Maginot, le meusien qui présida la cérémonie du choix  

"Pour le choix du corps, qui sera transporté au Panthéon, notre principale préoccupation est d’assurer de la façon la plus complète l’anonymat de telle sorte que les familles qui ont eu la douleur d’avoir un de leur membre perdu à la guerre, sans qu’il ait pu être identifié, puissent toujours rester en droit de supposer que l’être qui leur est cher fait l’objet de ce suprême hommage."

C’est par ces mots, le 3 novembre 1920, qu’André Maginot, ministre des pensions, explicite la démarche du choix d’un soldat inconnu.

Premiers contacts avec les problèmes de défense

Né le 17 avril 1877 à Paris, André Maginot se considère Meusien. La famille Maginot est fortement atachée au village de Revigny-sur-Ornain où André Maginot passe toutes ses vacances scolaires. A 20 ans, il obtient son doctorat de droit. Après un service militaire au 94e R.I. de Bar-le-Duc, il est reçu, à 23 ans, auditeur au Conseil d’Etat. Il effectue un séjour en Algérie où il occupe successivement les postes de chef adjoint de cabinet du Gouverneur Général, puis de directeur de l’Intérieur. En 1910, il est élu conseiller général de Revigny, puis député de la Meuse. Il conservera son fauteuil jusqu’à sa mort.

Stèle André Maginot

Monument en l’honneur d’André Maginot sur le champ de bataille de Verdun

Maginot est très forte sensible aux problématiques de défense, non en souvenir de son court service mais surtout par ses origines d’ « homme de l’est ». Il est particulièrement soucieux de la nécessité de protéger la Lorraine, qu’une négligence de la politique de défense transformerait en champ de bataille. Son premier combat parlementaire, il le mène en apportant son appui au projet de loi portant le service militaire obligatoire à trois ans. Il parvient à regrouper les éléments du centre, acquis au projet, au sein de l’Entente démocratique et sociale.

Jean Jaurès

Jean Jaurès à la tribune, lors du débat sur la loi de trois ans

Le 9 décembre 1913, le ministère Barthou tombe et le radical-socialiste Gaston Doumergue prend la direction du gouvernement. Il affirme ne pas avoir l’intention de revenir sur le vote de la loi de trois ans. Pour joindre les actes aux paroles, il nomme Joseph Noulens ministre de la Guerre avec André Maginot comme sous-secrétaire d’état. La nomination de ce dernier s’explique par son attachement au vote de la loi de trois ans, plus qu’à ses connaissances limitées du monde militaire. L’application de la loi implique un afflux accru de recrues. Même s’il ne parvient pas à assainir entièrement la situation, André Maginot se montre soucieux d’assurer les meilleures conditions sanitaires possibles dans les casernes jusqu’au terme de sa fonction, le 9 juin 1914.

Le député légitimé par le sergent

A la déclaration de guerre d’août 1914, André Maginot se porte volontaire. Il rejoint le 44e Régiment d'Infanterie Territoriale, presque exclusivement composé de Meusiens. Ne se contentant pas des travaux de terrassement et de fortification, il décide d'aller au combat. Il opère sur le plateau de la Woëvre et obtient le grade de sergent et deux citations. Le 7 novembre 1914, il est cité pour la troisième fois et obtient la prestigieuse médaille militaire. Le 9 novembre, toujours devant Verdun, il se bat dans le bois de Haies. Grièvement blessé à la jambe, il est évacué dans des conditions particulièrement éprouvantes. Ultime distinction, la Légion d’Honneur, lui est décernée, le 12 mars 1918.

Maginot Soldat

Une fois rétabli, fort de son expérience au feu, il reprend la vie de parlementaire. Le 19 mars 1917, il entre, comme ministre des Colonies dans le Cabinet Ribot. Il porte ses actions sur le recrutement des combattants coloniaux et l’exploitation des immenses ressources en matières premières de l’Empire.

Portrait d’André Maginot en uniforme du 44e Régiment Territorial

Il est profondément marqué par les ravages causés par la guerre dans la région de Revigny, qu’il visite dès octobre 1918. L’ancien sergent proteste à la tribune contre la ratification du traité de Versailles qu’il juge insuffisant du point de vue des paiements des indemnités mais aussi de la sécurité des frontières françaises.

Soucieux du devenir de ses camarades de combats, André Maginot est à l’origine de la création du ministère des Pensions, Primes et Allocations de guerre. Il en prend la tête le 20 janvier 1920. Il ne ménage pas sa peine pour honorer les obligations de la France envers ceux qui se sont battus pour elle. Le 15 janvier 1922, il obtient la consécration avec sa nomination au ministère de la Guerre. Ne souhaitant pas abandonner les ressortissants du ministère des Pensions, il cumule les deux postes de ministre de la Guerre et de ministre des Pensions jusqu’au 14 juin 1924, date de son départ du gouvernement. André Maginot organise, à Verdun, la cérémonie du choix du Soldat Inconnu, le 10 novembre 1920 et allume la flamme, le 11 novembre 1923, sous l’Arc de triomphe.

Cérémonie Soldat Inconnu

Cérémonie du choix du soldat inconnu dans la citadelle de Verdun

Le dossier le plus marquant de ce premier passage au ministère de la Guerre est sans conteste l’occupation de la Ruhr. André Maginot est très tôt favorable à l’application de mesures coercitives à l’encontre des manquements de l’Allemagne face aux dommages de guerre. Poincaré, décide l’occupation de la Ruhr, le 3 janvier 1923. Le ministre de la Guerre croit au succès de l’opération et s’y implique fortement. Il soutient le moral des troupes et est partisan des représailles les plus fermes face aux attentats. La fin de la résistance passive, le 26 septembre 1923, est pour lui une grande victoire française.

Ultime retour aux affaires

Le 11 novembre 1928, à la faveur du retour de Poincaré aux affaires, il se voit confier le portefeuille des Colonies. Le 3 novembre 1929, André Maginot reprend les commandes du ministère de la Guerre. Poincaré s’était engagé sur un service militaire d’un an, André Maginot décide de maintenir la valadité de cet engagement. Il obtient une certaine compensation avec le recrutement de 100 000 soldats supplémentaires et l’embauche de civils pour permettre aux militaires de se concentrer sur leur mission de combat.

La principale action de la carrière politique d’André Maginot intervient au sujet de la ligne de fortification qui rendra son nom célèbre à travers le monde. Lorsque Maginot arrive au ministère, le projet de fortification des frontières est déjà bien avancé. La Commission de défense des frontières a fait le choix d’une fortification positionnée sur la frontière même. La ligne doit être composée d’ouvrages d’art profondément enterrés et dispersés. Le 29 décembre 1927, Painlevé accepte le programme de la Commission et les premiers travaux débutent six semaines plus tard. Cependant, le financement de ces énormes travaux n’est pas assuré.

Ligne Maginot

L’essentiel des infrastructures de la ligne Maginot sont souterraines, les extérieurs sont rares et réduits au strict minimum

Un vote du Parlement est nécessaire pour dégager des fonds autonomes et suffisants. Il s’agit de la tâche principale dont doit se rendre maître André Maginot. Or, les réticences du Parlement à de telles dépenses sont nombreuses. Certains députés en contestent la nécessité dans des circonstances où les peuples aspirent à la paix et au désarmement. D’autres ne sont pas convaincus par les choix retenus. Pour assurer le succès du vote des 3,3 milliards incorporés au budget de la guerre de 1930, Maginot s’efforce de convaincre, en coulisse, les députés réticents. Habilement, il ne cherche pas à mettre systématiquement la sécurité en avant. Parfois, il avance des arguments économiques présentant la ligne comme un vaste chantier qui amènera la création d’un nombre important d’emplois. Enfin, en ministre chevronné, lors de la présentation du budget, le 10 décembre 1930, il propose de ne discuter du projet de fortification qu’en dernier lieu. Résultat de tous ses efforts, les 3,3 milliards sont votés à main levée dans le calme et sans grand débat. Au Sénat, il obtint sans difficultés, une très nette majorité. Preuve que l’adhésion au projet est durable, en 1930 et 1931, André Maginot parvient à faire voter 2,4 milliards supplémentaires.

Le général WeygandAndré Maginot exerce, par le choix du chef d’Etat-Major Général, une seconde responsabilité d’importance. Il parvient à imposer au Parlement le général Weygand, dont la nomination intervient le 2 janvier 1930. Il s’agit d’une réelle performance. Le général Weygand était considéré par la gauche du Parlement comme un ennemi de la République. En compensation, André Maginot doit nommer comme sous-chef de l’Etat-Major général, le général Gamelin, dont le dévouement à la République est certain. Il est également convenu qu’il succédera au général Weygand.

Le général Weygand, que seul André Maginot pouvait imposer à la tête de l’armée

Le choix d’André Maginot en faveur de Maxime Weygand illustre sa volonté de disposer d’un chef dynamique qui, malgré la ligne Maginot, ne renonce pas à l'esprit offensif. Dans la conception de Maginot, la ligne de fortification permet une meilleure concentration de la force de frappe française pour une offensive ou une contre-offensive. Les premiers rapports de Weygand sur l’état de l’armée française sont alarmants : dilution des structures de commandement, instruction lacunaire et surtout absence de matériel moderne. Au cours de l’année 1930, André Maginot va mettre tout son poids dans la balance pour obtenir au Parlement l’ouverture de plusieurs crédits au bénéfice des forces armées. Il appuie notamment un programme de motorisation de plusieurs divisions. La coopération de Weygand et Maginot permet donc d'améliorer sensibiliser l’état de l’armée française à la veille de l’arrivée au pouvoir des nationaux socialistes en Allemagne.

Le dernier dossier dont André Maginot se chargea est celui de la conférence internationale du désarmement, qui se tint le 2 janvier 1932. Il prépara un mémorandum dans lequel, sans omettre le soulagement que pourrait procurer au bien être des populations une politique de désarmement, il se refusait à l’assumer sans garantie suffisante. Selon André Maginot, un nouvel effort de réduction des armements français ne pourrait s’opérer qu’à la condition que la France ait la certitude d’une intervention militaire rapide des autres gouvernements de la SDN dans le cas d’une agression.

André Maginot

Le ministre de la Guerre tombe malade et est hospitalisé. La typhoïde est diagnostiquée. Ses blessures de guerre avaient dangereusement affaibli son organisme. Bien qu’âgé de seulement 54 ans, il s’éteint dans les premières heures du 7 janvier 1932. Après des obsèques nationales, le 10 janvier, son corps est transféré, selon sa volonté, à Revigny-sur-Ornain.

Portrait d’André Maginot dans les dernières années de sa vie

L’œuvre d’André Maginot ne se limite donc pas à la réalisation de la ligne de fortification qui porte son nom. Il a largement contribué à doter la France d’un outil militaire puissant qui lui donne, jusqu’en 1936, de sérieuses chances de succès en cas d'un affrontement avec l’Allemagne. Grand défenseur des anciens combattants, ces derniers lui rendent hommage en 1953, lorsque la fédération nationale des mutilés, victimes de guerre et anciens combattants prend le nom de fédération nationale André Maginot. Outre la tombe familiale du cimetière communal de Revigny-sur-Ornain, deux monuments meusiens, datant de 1935, lui sont consacrés l'un à Souville, lieu des exploits du sergent Maginot et l'autre à Revigny-sur-Ornain ainsi qu’un espace pédagogique à Maucourt-sur-Orne.

Octobre 2014 Décembre 2014/
Janvier 2015

Keune

Biographie

du

Mois

Raynal

Johann Baptist
Keune
 Commandant
Raynal

Crédits Photos : Monument André Maginot près de Souville - © F. Lamiot
Jean Jaurès à la tribune  - © Musée Jean Jaurès
Portrait d’André Maginot en uniforme du 44e Régiment Territorial
  - © FNAM
Cérémonie du choix du soldat inconnu dans la citadelle de Verdun 
- © ECPAD
Ligne Maginot - 
© Droits réservés
Le général Weygand - 
© SHD
André Maginot - © Droits réservés 

 

Ressources

Petit Futé Argonne 2020-2021
27/05/2021 Petit Futé Argonne 2020-2021

Guide de voyage

Lire la suite...
Romagne-sous-Montfaucon, Histoire et Mémoire
04/05/2021 Romagne-sous-Montfaucon, Histoire et Mémoire

Livre

Lire la suite...
La Grande Guerre sur tous les fronts
22/03/2021 La Grande Guerre sur tous les fronts

Livre

Lire la suite...
Actes colloque
19/11/2020 Actes colloque

Actes de colloque

Lire la suite...