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Image La Grande Guerre du Capitaine Erwin Rommel

08/02/2013Biographie du Mois - Février 2013 - La Grande Guerre du Capitaine Erwin Rommel

La Grande Guerre du Capitaine Erwin Rommel

"Nous avons rompu le contact pendant la nuit du 11 au 12 septembre sans que l'ennemi ne le remarque. Même le 13 septembre, l'ennemi ne se lança pas à la poursuite. S'il l'avait fait, notre engagement dans le défilé de l'Argonne aurait été particulièrement désagréable. Pour la retraite du 13 septembre, on avait prévu de faire faire 45 km à des troupes qui avaient été en avant-poste la nuit précécente. Les nombreuses haltes et l'aide apportée aux convois embourbés ont rendu le mouvement encore plus pénible. Le bataillon n'a cessé de marcher pendant plus de 24 heures."

Erwin Rommel, à propos du repli allemand en septembre 1914

Un héros de la Reichsheer (armée allemande) que rien ne destinait au métier des armes…

Erwin Rommel en Argonne, printemps 1915Né le 15 novembre 1891, à Heidenheim, près d’Ulm dans le royaume de Wurtemberg, Erwin Johannes Eugen Rommel est le second d’une fratrie de 4 enfants, composée de sa sœur ainée Helene et des deux frères cadets Karl et Gerhard.

Rommel en Argonne en 1915

Il porte le même nom que son père, professeur de mathématiques. Sa mère, Helene von Luz, est la fille du président du gouvernement du Wurtemberg, Karl von Luz descendant du roi de France Saint-Louis.

Passionné d’histoire, il délaisse les autres matières, ce qui n’est pas du goût de son père, devenu directeur du Real Gymnasium d’Aalen où étudie Erwin. Manquant également de discipline, il se ressaisit à l’âge de 12 ans en travaillant dans toutes les matières comme en mathématiques, matière familiale de prédilection (son grand-père était également professeur de mathématiques). Il commence à pratiquer le sport (ski, course à pied, …) et devient un adolescent sportif et rigoureux comme le souhaite son père. Il s'enthousiasme pour tout ce qui l’entoure et dès l’âge de 14 ans désire être aviateur. Son père refuse, à son grand désespoir.

En 1910, il s’engage finalement comme élève officier au VI. Bataillon du 124. Infanterie-Regiment basé à Weingarten.

Quatre ans de vie de caserne avant le baptême du feu

Lors de son service à l’école militaire, Erwin Rommel fait la connaissance d’une jeune marchande de fruits, Walburga Stemmer. De leur liaison amoureuse nait Gertrud en 1913. Très amoureux, Erwin veut l’épouser mais sa famille s’y oppose farouchement. Il se détourne alors de Walburga et finit par épouser en 1916 une autre femme, Lucie Maria Mollin. Rencontré lors de ses études à Dantzig en avril 1911, elle est la fille d’un riche propriétaire de Prusse orientale et veut devenir professeur. Walburga décédera en 1928, peu avant la naissance de Manfred Rommel, le fils de Lucie. Elle a toujours souhaité le retour d’Erwin et voyant qu’il ne reviendrait plus s’est suicidée. Présentée ensuite comme sa nièce, Gertrud restera très proche de son père, Erwin Rommel.

Erwin, à son arrivée à l’armée en 1910, doit d’abord servir, comme tous les élèves officiers du Reich, avant de pouvoir suivre les cours de l’école militaire. Ses capacités physiques sont jugées impressionnantes par ses instructeurs et Erwin, promu caporal en octobre 1910, devient rapidement sergent en décembre 1910.

En mars 1911, Erwin Rommel entre à l’école militaire de Dantzig. En fin d’année, il réussit ses examens malgré des notes moyennes. En janvier 1912, il reçoit son brevet de sous-lieutenant (Leutnant) et retourne à Weingarten au sein de son régiment. Chargé d’instruire les nouvelles recrues, Erwin a une vie très saine qui est partagée entre les entraînements des recrues et l’écriture de ses lettres amoureuses.

Détaché à partir du 5 mars 1914 au 49. Feld-Artillerie-Regiment, Rommel apprend avec assiduité les manœuvres et techniques d’artillerie. Le 31 juillet 1914, il est nommé au commandement d’une section de la 7. Kompanie du 124. I.R.

Dès le 1er août 1914, son régiment est mis sur le pied de guerre et le lendemain il entame sa marche en avant. Cantonné dès le 20 août 1914 à Meix-le-Tige, en Belgique, Rommel et sa section attendent le début des combats.

Du village de Bleid, Rommel chasse les Français jusqu’en Argonne

Après avoir traversé les villages de Gorze, Barancy et Cosnes, inoccupés par les troupes françaises, Rommel et sa section se trouvent aux abords du village de Bleid, sur la cote 325, toujours à la frontière franco-belge dans la région de Longwy.

Rommel

Rommel et un officier des Uhlan détaché à sa compagnie - Printemps 1915

A 5h du Matin, le 22 août 1914, la section du 124. IR rencontre une résistance française à l’entrée du village de Bleid. Rommel, accompagné de trois soldats, part en reconnaissance et aperçoit, cantonnée dans le village, une vingtaine de soldats français de la 5ème compagnie du bataillon Laplace du 101ème RI. Les quatre soldats tirent sur la section française et Rommel décide d’aller chercher le reste de la section.

A ce moment, Rommel fait preuve d’audace et sans attendre les renforts décide de donner l’assaut avec sa section. Des soldats français sont tués et quelques autres prennent la fuite. Ils sont poursuivis par la section de Rommel qui en chemin fait une cinquantaine de prisonniers des 6ème et 7ème compagnies du 101ème RI qui battait en retraite. Rommel, épuisé, se félicite de cette victoire. D’autant que les troupes françaises ont orchestré leur repli général devant la poussée allemande.

La 7. Kompanie continue son avancée et après avoir passé la Meuse dans la région de Sassey, elle rencontre quelques résistances près de Mont (31 août), dans le bois de Doulcon ou encore à Gesnes (2 septembre) où Rommel effectue souvent des missions de reconnaissance sans être blessé. Les combats que livrent les troupes françaises ne sont que retardateurs car les armées françaises préparent, sur ordre du généralissime Joffre, la bataille de la Marne.

La poursuite de l’armée française s'étend à l’Argonne jusqu’au 4 septembre et stoppe devant Pretz-en-Argonne où les troupes françaises commencent à défendre leurs nouvelles positions. La section de Rommel part à l’assaut du bois de Defuy, au nord est de Rembercourt. Les Français sont tapis dans le bois et ont de leur position des angles de tirs facilités. Au prix de lourdes pertes, la section wurtembergeoise de Rommel fait reculer une nouvelle fois les troupes françaises qui défendent leurs positions. Les Allemands renforcent leurs positions et planifient une attaque de nuit sur le plateau de la Vaux-Marie. Elle est lancée dans la nuit du 9 au 10 septembre 1914. La défense héroïque des chasseurs français devant les masses allemandes amène des combats sanglants souvent au corps à corps. Sur ordre de l’état major et alors que le plateau leur semblait promis, la retraite de la section de Rommel est organisée. Toutes les armées allemandes s’alignent pour réorganiser une future attaque.

Le 24 septembre 1914, il reçoit sa première blessure lors d’un combat au corps au corps avec trois poilus, près de Varennes-en-Argonne lors de la conquête du bois Bouzon. Pour son engagement, il est décoré de la croix de fer 2ème classe.

De l’Argonne au Mont-Cosna en passant par le massif vosgien

Début janvier 1915, il retourne sur le front argonnais où il prend le commandement de la 9. Kompanie. Il se retrouve dans le secteur de la vallée Moreau. Le 29 janvier 1915, il donne l’assaut et participe à la conquête de quatre fortins qui redonne une position perdue la veille par l’armée allemande. Cet exploit lui vaut de recevoir la croix de fer 1ère classe. Ses techniques d’attaque sont plébiscitées par ses chefs car elles sèment la pagaille dans les lignes françaises. Au printemps 1915, il est engagé dans les combats près de Binarville et est une nouvelle fois blessé à la jambe.

Promu fraîchement lieutenant (Oberleutnant), il est affecté au bataillon de montagne de Wurtemberg, une unité d’élite en formation à Wurtemberg. Instructeur, il dirige une compagnie lors d’entraînement dans les montagnes de l’Alberg. En janvier 1916, le bataillon de chasseurs alpins de Rommel rejoint les Vosges où les Jäger combattent sans réussite dans le secteur du Viel-Armand, notamment sur la butte des petits pins et pour la prise du col de Skurduk.

Alpenkorps 1917Au mois d’octobre, Rommel est mobilisé avec ses chasseurs sur le front est, dans les Carpates. Ils sont envoyés en Roumanie, suite à l’offensive d’été russe du général Broussilov. Les succès de cette dernière pousse la Roumanie, jusqu'à présent neutre, à se ranger du côté de l'Entente.

Soldat de l'Alpenkorps en 1917

Les Jäger sont envoyés sur le front roumain pour rétablir la situation et prendre possession des monts de la région. Le 11 novembre 1916, après d’âpres combats et plusieurs tentatives, les Jäger enlèvent le mont-Lescului, à 1 200 mètres d’altitude. Les chasseurs allemands continuent leur avancée jusqu’à la plaine de Valachie où l’armée roumaine contre-attaque. Finalement repoussée, la compagnie de Rommel se fortifie sur les positions atteintes.

Fin novembre, Rommel obtient une permission et en profite pour aller épouser Lucie à Dantzig. Le Deutsche Alpenkorps (Corps Alpin Allemand) de Rommel continue de s’illustrer sur le sol roumain. La compagnie est citée à l’ordre de l’armée pour la capture de 400 soldats roumains.

Le 11 août 1917, Rommel et son bataillon attaquent une position jugée jusqu’ici imprenable : le Mont-Cosna. Après de violents combats, ils établissent leurs positions aux abords du sommet. Le 19 août 1917, le bataillon lance un deuxième assaut qui va s’avérer victorieux.

A l’assaut des montagnes italiennes

Depuis le traité de Brest-Litovsk et la suspension des hostilités entre la Triplice et la Russie, le front roumain n’est plus une priorité, d’autant que les Roumains sont obligés de négocier la paix eux aussi.

Rommel héros du CaporettoLe 26 septembre, le bataillon de Rommel fait partie des sept divisions envoyées en renfort de l’armée austro-hongroise qui a subi de lourdes pertes dans les batailles de la Piave. Rommel et son bataillon sont affectés au secteur de Caporetto-Tolmino (ou Tolmein).

Rommel, un des héros du Caporetto

Fin octobre 1917, Rommel, initialement prévu en couverture de la XII. bayerische-Infanterie-Division, obtient du commandant Sprösser d’être avec son bataillon en tête des troupes lors de l’« offensive Tolmein ». Ayant parcouru plus de 20 kilomètres en moins de 2 jours, les hommes de Rommel enlèvent successivement les villages traversés ainsi que le mont Matajur. Au cours de sa percée, ils capturent des milliers de soldats et des dizaines de canons. Rommel est promu capitaine (Hauptmann) suite à ces actions.

Après la victoire à Caporetto et la retraite des troupes italiennes ordonnée par le général Cadorna, le bataillon de Rommel se retrouve affecté, début novembre 1917, à l’avant-garde bavaroise dans le secteur de la vallée de la Piave, où les troupes italiennes se sont repliées.

Le 9 novembre 1917, à l’aide de cordes, le bataillon de Rommel parvient à traverser les eaux gelées de la Piave et à s’emparer du village de Longarone. Après la prise du mont Spinucia le 23 novembre 1917, le bataillon est chargé de percer les lignes italiennes en direction du Mont-Grappa. En vain, les Jäger n’y parviennent pas et se heurtent à une résistance aux abords du Mont-Pallone. Rommel est décoré de la Croix pour le Mérite, donnée habituellement à des généraux.

A la fin de sa permission obtenue mi-janvier 1918, Rommel apprend qu’il ne rejoint pas l’Alpenkorps. Il est affecté à son grand regret à l’état major du front français. Il ne se sent pas dans son élément et les succès comme les échecs qu’il obtient n’ont que très peu de résultats sur le reste de la guerre.

Rommel, en grand soldat, voit l’armistice du 11 novembre 1918, comme une défaite de politicien mais pas de militaire. Selon son avis, l’armée allemande n’est pas vaincue puisque l’armée russe s’est retirée, l’Italie est quasiment vaincue et la France est prête à tomber. Le traité de Versailles signé en juin 1919 est pour lui une seconde trahison politique.

Sources :

L'infanterie attaque, enseignements et expérience vécue, Erwin Rommel, Préface du colonel Michel Goya, Editions Le Polémarque, 2012, 428 p.

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Décembre 2012/
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 Mars 2013

Alberico Albricci

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Marie Marvingt

Alberico Albricci Marie Marvingt

Crédit Photo : © Bundesarchiv

 

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