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Image Monseigneur Ginisty

10/07/2012Biographie du Mois - Juillet/Août 2012 - Monseigneur Ginisty, l’inscription du souvenir dans la pierre

Biographie du Mois - Juillet/Août 2012 

Monseigneur Ginisty, l’inscription du souvenir dans la pierre 

Monseigneur Ginisty

« Cet homme de foi robuste, pasteur actif et pèlerin des champs de bataille resta au milieu des succès et des honneurs tel que Dieu l’avait fait en naissant, simple et bon, doux aux humbles, humble lui-même »

Paroles prononcées par Monseigneur Petit, successeur de Monseigneur Ginisty, le soir des obsèques de ce dernier.

I) De l’école primaire de Saint-Saturnin à la paroisse de Saint-Affrique : un religieux aveyronnais ancré dans sa région

Marie André Charles Ginisty naît le 8 mai 1864 au Colombier, hameau de la commune de Saint-Saturnin dans l’Aveyron. Sa famille est marquée par une grande ferveur religieuse. Parmi ses treize frères et sœurs, on compte deux missionnaires et une religieuse.

Lieu de naissance de Ginisty

Lieu de naissance de Monseigneur Ginisty, le Colombier

Destiné dès son plus jeune âge à l’exercice d’un sacerdoce, il débute sa scolarité par l’école primaire de Saint-Saturnin, puis suit l’enseignement du collège de Saint-Affrique. Sa formation religieuse, il la reçoit au Petit Séminaire de Saint-Pierre de Rodez et au Saint-Sulpice de Paris. Le 21 septembre 1889, l’abbé Ginisty est ordonné prêtre par l’Evêque de Rodez, Monseigneur Bourret. Remarqué, Charles Ginisty est envoyé compléter ses études théologiques au Séminaire Français de Rome de 1889 à 1891. De retour en Aveyron, Monseigneur Bourret s’attache le père Ginisty comme secrétaire particulier. Dans le cadre de cette fonction, il est amené à faire connaissance avec de nombreux domaines d’activités. Un temps chargé de l’aumônerie militaire, il réalise sa première œuvre de bâtisseur avec l’édification du foyer des soldats. Il prend aussi une part essentielle à l’organisation de la cérémonie de promotion de Monseigneur Bourret au cardinalat. Il reste aux côtés de ce dernier jusqu’à sa mort, le 11 juillet 1896. Confirmé dans ses fonctions par le successeur de Monseigneur Bourret, il ne quitte Rodez qu’en 1899.

Eglise Notre-Dame de Miséricorde à Saint-Affrique

Eglise Notre-Dame de Miséricorde à Saint-Affrique

Nommé à la tête de la paroisse de Cransac, cité minière de 7 000 individus, il poursuit son œuvre d’organisateur hors pair. L'église étant perchée sur une colline, et donc difficile d'accès, il se lance dans la construction d'une nouvelle bâtisse d'une capacité de 2 500 places. Il s’attache également au développement du catéchisme et d’un bulletin paroissial. Il reste 7 ans au milieu de cette communauté.

Eglise de Cransac

Eglise de Cransac

En 1906, il est élevé curé-archiprête de la sous-préfecture de Saint-Affrique. Il hérite d’un édifice religieux à peine sorti de terre mais sans aménagement intérieur. Là encore, Charles Ginisty s’investit pleinement pour sa paroisse et obtient tout le mobilier et la décoration indispensables dans les plus brefs délais. Dans ces premières années du XXe siècle, la ferveur anticléricale s’abat sur l’ensemble du territoire français et l’Aveyron n’est pas épargné. L’abbé Ginisty, paré de sa responsabilité d’archiprêtre et servi par un talent certain de polémiste, défend ses curés soumis aux inventaires et expulsions. Sa vigueur est telle qu’il se voit condamner à un mois de prison avec sursis.

II) Sur le siège épiscopal de Verdun, Charles Ginisty devient « l’Evêque du front » et « l’Evêque des soldats »

Monseigneur GinistyLe 14 mars 1914, Monseigneur Ginisty est officiellement averti de sa nomination comme Evêque de Verdun. A son départ, auquel assistent nombre de ses paroissiens, il promet de revenir dans son Aveyron natal, ce qu’il s’attachera à faire annuellement. Le 17 mai, jour de l’Ascension, il est sacré à Saint-Affrique. Le 11 juin, il fait son entrée solennelle dans la ville de Verdun. A peine Monseigneur Ginisty a-t-il pris ses marques dans son diocèse que les nuages de la guerre obscurcissent le ciel. La mobilisation générale de la France intervient le 1er août et déjà 190 sur 415 prêtres exerçant dans le diocèse de Verdun doivent quitter la soutane pour l’uniforme. Les hostilités débutent dans les premiers jours d’août et Verdun, ville frontière fortifiée, est rapidement sous la menace des canons allemands. De nombreuses églises sont dévastées, notamment sur les plus violents champs de bataille tels Vassincourt, Rembercourt-aux-Pots ou encore Revigny. Dans ces instants dramatiques de la bataille de la Marne, au cours desquels chacun croit la chute de Verdun imminente, Monseigneur Ginisty est impuissant et bloqué à Bar-le-Duc. A la mi-septembre, le sort des armes penche finalement du côté français et une nouvelle phase s’ouvre dans la carrière de Monseigneur Ginisty.

Verdun devient une importante base de l’arrière-front et accueille de nombreux prêtres venus de tous les horizons et occupant des fonctions fort diverses : aumôniers, infirmiers, brancardiers,… Sous son autorité, réuni périodiquement, ce clergé hétéroclite acquiert une certaine cohésion. Si les dons d’administrateur de Monseigneur Ginisty étaient déjà amplement démontrés par la première partie de sa carrière, la guerre lui donne l’occasion de s’exprimer en « homme de terrain ». Il visite les ambulances de campagne et les troupes au repos en apportant réconfort et foi.

Village en ruine de Revigny après les combats de la bataille de la Marne

Village en ruine de Revigny après les combats de la bataille de la Marne

Particulièrement impressionnants pour les civils et les soldats sont les offices qu’il célèbre dans les églises quasiment en ruine. Il y délivre des prêches déterminés aux accents churchilliens. Sa promesse, plusieurs fois renouvelée, de rendre hommage, une fois la paix revenue, aux nombreux soldats tombés et dépourvus de sépulture, réchauffe particulièrement le cœur de ceux qui bravent quotidiennement les balles allemandes. Le 21 février 1916, une des plus titanesques batailles de la Grande Guerre prend Verdun pour cible. Devant l’ampleur de l’offensive allemande, une évacuation de la ville est décrétée et Monseigneur Ginisty gagne Bar-le-Duc où il continue son œuvre en faveur des soldats. Le 13 octobre 1918, il retrouve Verdun pour être décoré dans la citadelle souterraine de la Légion d’Honneur, des mains du président Poincaré. La citation qui accompagne la distinction résume pleinement son action pendant ces quatre années de guerre : « Par son attitude calme, confiante et courageuse, il n’a cessé de contribuer largement au réconfort de la population et au maintien de son moral ».

Crypte de la Cathédrale de Verdun

Monseigneur Ginisty prit également une part centrale à la restauration de la cathédrale de Verdun, endommagée pendant les hostilités, et notamment à la réouverture de la crypte.

III) Monseigneur Ginisty tient sa promesse faite aux Poilus

En février 1919, à l’occasion du troisième anniversaire de la bataille de Verdun qui se tient à Paris au Trocadéro, Monseigneur Ginisty évoque officiellement son projet d’ « Ossuaire à Douaumont, cathédrale des morts et basilique de la Victoire ». Immédiatement les plus grandes personnalités militaires et civiles de la guerre répondent à l’appel de l’Evêque de Verdun. Le Maréchal Pétain, « vainqueur de Verdun », est désigné président d’honneur du comité de réalisation. A ses côtés on compte également des noms aussi prestigieux que ceux de Foch, Poincaré ou encore Schleiter. Après avoir lancé la dynamique, Charles Ginisty réalise une tournée en France et dans les pays voisins pour faire connaître son projet et susciter des soutiens. Le 6 mai 1925, il embarque sur le transatlantique « le Paris » pour aborder l’Amérique où il est accueilli triomphalement. Les travaux débutent le 22 août 1922 et l’édifice est assez avancé pour qu’en 1927, les 52 premiers cercueils soient transférés dans la crypte. Enfin, le 7 avril 1932, a lieu l’inauguration officielle, devant 100 000 personnes.

Construction de l'ossuaire

En juin 1940, Verdun n’échappe pas à l’invasion et Monseigneur Ginisty est contraint, pour la seconde fois, de se retirer de son diocèse. Après plusieurs mois en Charente Maritime, à Saint-Savinien, il retrouve la cathédrale meusienne. A l’hiver 1941-42, sa santé se dégrade progressivement, au point qu’il n’est bientôt plus en mesure d’exercer son sacerdoce et doit faire appel à un coadjuteur, Monseigneur Petit. Finalement, le 7 janvier 1946, Charles Ginisty s’éteint à l’âge vénérable de 82 ans.

Transfert des corps vers l'ossuaire

Par Romain SERTELET

Sources :

DUPLAA Anne et GINISTY Pierre, « Du Rouergue au plateau Meusien, le parcours de Monseigneur GINISTY, Evêque des soldats »

Revue de presse :

Est Républicain du 4 décembre 2012 : "1922 : la longue quête de Mgr Ginisty"

Juin 2012 Septembre 2012

Chiquito de Cambo

Biographie

du

Mois

Albert 1er

Chiquito de Cambo  Albert 1er

Crédit Photo : © Monseigneur Ginisty
Lieu de naissance de Ginisty - © http://vincent.boiret.perso.sfr.fr/ginisty.htm
Notre-Dame Sainte-Affrique - © http://hotel-lion-or.com/aveyron/saint-affrique
Eglise de Cransac - ©www.notrefamille.com
Monseigneur Ginisty - © http://vincent.boiret.perso.sfr.fr/ginisty.htm
© Ruines de Revigny
Crypte de la Cathédrale - © Catéhdrale de Verdun
Ossuaire de Douaumont - © DR

 

Ressources

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