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07/03/2013Biographie du Mois - Mars 2013 - Marie Marvingt, « la femme la plus décorée du monde »

Biographie du Mois - Mars 2013 

Marie Marvingt, « la femme la plus décorée du monde » 

Marie Marvingt est l’allégorie du féminisme et de l’émancipation de la femme au tournant du XXe siècle. Son parcours pendant ses 88 ans de présence sur terre est un défi à la science humaine. Le récit de ses exploits aurait pu être chanté par Homère ou Virgile… Cependant, à la différence des héros de l’Antiquité et de leurs thuriféraires prompts à toutes les exagérations, Marie Marvingt est une femme du XXe siècle dont toutes les aventures sont attestées sans contestation possible. Elle fut honorée de 34 décorations dont les prestigieuses Croix de guerre et Légion d’honneur et détint 17 records mondiaux. Pourtant, victime durant des années d’une certaine misogynie plus ou moins avouée, elle est largement oubliée aujourd’hui des Français. A tel point que la bibliographie la concernant est plus riche dans la langue de Shakespeare que dans celle de Molière…

Marie Marvingt

I) Une athlète pluridisciplinaire de haut niveau

MarvingtMarie Félicie Elisabeth Marvingt naît à Aurillac, dans le Cantal, le 20 février 1875. Cependant, ses parents déménageant à Metz dès 1880, puis à Nancy en 1889, Maire Marvingt est avant tout une Lorraine. Son père, Félix Marvingt, transmet sa passion pour le sport à sa fille.

A 5 ans, elle s’adonne à la natation avec succès puisqu’elle est en mesure de franchir 4000 mètres. Agée de 15 ans, elle pagaie en canoë sur 400 kilomètres de Nancy à Coblence. En 1905, elle est la première femme à franchir la Seine à la nage, au cœur de Paris. A cette occasion, elle gagne le titre d’« amphibie rouge » en raison de la couleur de sa tenue.

D’autres sports font l’objet de ses faveurs : cyclisme, ski, alpinisme, patinage, escrime, équitation, gymnastique, golf, polo, bobsleigh, boxe, arts martiaux, football et tir. De nouveaux prix tombent entre ses mains dans quasiment toutes ces disciplines.

En 1907, lors d’une compétition internationale de tir, elle se classe première et se voit décorée des palmes du premier tireur par le ministre de la guerre en personne.

Elle marque particulièrement les saisons hivernales de 1908 à 1910 à Chamonix, à Gérardmer(1) et au ballon d’Alsace. Dans le championnat féminin de bobsleigh, elle remporte l’édition 1910 de la coupe Léon Auscher. Entre 1903 et 1910, elle vainc de nombreux sommets des Alpes suisses et françaises, effectuant parfois deux ascensions dans la même journée ! Dans l’essentiel des cas, elle est la première femme à escalader ces montagnes.

A deux roues, ses performances sont spectaculaires. En 1908, sa participation au Tour de France est rejetée car la compétition est uniquement ouverte aux hommes. Qu’à cela ne tienne, elle réalise le même parcours en décalé. Elle effectue également à bicyclette le trajet Nancy-Naples pour observer une éruption volcanique. A l’âge de 86 ans, en 1961, elle a encore la force de faire la boucle Nancy-Paris. A noter que dès 1910, elle est honorée de la Médaille d’Or de l’Académie des Sports, pour tous les sports.

II) Adepte des nouvelles technologies

Curieuse de tout, Marie Marvingt ne peut rester à l’écart de l’aventure du moteur à explosion. En 1899, elle est l’une des premières femmes détentrices du permis de conduire.

Attirée par les cieux, elle est séduite par les plus légers que l’air. En 1901, elle est passagère dans un ballon avant de prendre la direction en solo d’un tel engin le 19 juillet 1907. Elle obtient le brevet d’aérostière en 1909, et remporte de nombreux prix en ballon les deux années suivantes. Le 26 octobre 1909, elle décolle du parc de la pépinière à Nancy à bord de L’Etoile filante et de là gagne l’Angleterre, étant la première femme à survoler ainsi la Manche et la mer du Nord. En septembre 1909, journaliste, elle réalise un reportage sur un meeting d’aviation et elle échange quelques mots avec le pilote Roger Summer. Au fil de la conversation, Roger Summer invite Marie Marvingt à un baptême de l’air. A 34 ans, elle découvre sa plus grande passion : l’aviation. Tombée sous le charme de ces « machines volantes », elle décroche son brevet de pilote n°281, le 8 novembre 1910, sur le terrain de Châlons-en-Champagne. Sa faveur s’oriente vers l’appareil de type « Antoinette » de l’avionneur Deperdussin.

Djinn

Le Djinn F-AZAC N°010 restauré

L’âge ne semble avoir aucune prise sur son enthousiasme. Le 20 février 1955, un pilote de l’USAF, décollant de la base de Toul-Rosières fait franchir à Marie Marvingt le mur du son à bord de son McDonnell F-101 Voodoo. Elle prend également les commandes d’un hélicoptère, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du Djinn, unique hélicoptère à réaction du monde.

III) Mettre l’aviation au service de la vie

Pleine de bonté et ouverte aux autres, elle perçoit immédiatement le bénéfice que l’utilisation de l’avion pourrait apporter dans le domaine sanitaire. En compagnie de l’ingénieur Béchereau, futur concepteur du SPAD, elle met au point le premier avion-ambulance. Il s’agit d’un monoplan équipé d’un dispositif permettant l’emport d’une civière sous le fuselage. Devant le peu d’intérêt des autorités, elle lance une souscription nationale pour être en mesure de passer commande aux établissements Deperdussin. Toutefois, un scandale financier emporte cette entreprise et le prototype ne dépassera jamais le stade de la planche à dessin… Seul témoignage parvenu jusqu’à nous de ce projet, un dessin coloré réalisé par le peintre Emile Friant en 1914 et représentant Marie Marvingt et un médecin portant secours à un blessé de guerre avec le fameux monoplan en arrière-plan.

Marvingt par Emile Friant

A l’issue de la Grande Guerre, elle poursuit son combat en faveur du développement du secours aux blessés par air. En 1929, elle prend part à l’organisation d’un congrès international sur le sujet, au cours duquel 41 nations sont représentées. Parallèlement, elle prend la vice-présidence de la toute nouvelle « Société des amis de l’aviation médicale ». Consciente de l’inadaptation des appareils proposés par les avionneurs, elle motive les recherches dans ce domaine par la création en 1931 de la « Coupe Capitaine Echeman ». Elle fait partout la promotion de ses idées, dont elle est convaincue de l’avenir, donnant plus de 3000 conférences sur le sujet. En 1934, elle fonde au Maroc un service sanitaire aérien et devient du coup la première infirmière de l’air diplômée de cette nouvelle activité, en 1935. Elle est récompensée par l’obtention de la médaille de la Paix du Maroc.

La première phase de la Seconde Guerre mondiale est marquée par la période dite de la « drôle de guerre », entre septembre 1939 et mai 1940. L’essentiel des affrontements se font dans les cieux entre pilotes de l’Armée de l’air et de la Luftwaffe. Toujours aussi active, Marie Marvingt crée un centre de convalescence pour les pilotes blessés, « Le repos des Ailes ». Comme lors de la première, pendant la Seconde Guerre mondiale, Marie officie en tant qu’infirmière de l’air. Forte de ses compétences en médecine, elle met même au point un nouveau type de suture chirurgicale.

IV) Une artiste accomplie

Aspect moins connu, Marie Marvingt est également une artiste et une intellectuelle. Dès son plus jeune âge, elle suit une formation au cirque de Rancy. Elle est capable de tenir avec talent les rôles de jongleuse, funambule, trapéziste ou encore cavalière.

Elle est aussi actrice, chanteuse, peintre et sculptrice. Licenciée en lettres, sa plume est reconnue si bien qu’elle écrit pour la presse locale, par exemple « L’éclair de l’Est ». Elle publie des romans, des essais et des poésies sous le pseudonyme de Myriel. En 1948-49, elle est lauréate du concours littéraire international « Women’s Aeronautical Association of Los Angeles » pour ses deux ouvrages : La Fiancée du Danger et Ma traversée de la Mer du Nord en Ballon. Globetrotteuse, elle maîtrise sept langues, dont l’espéranto.

Adepte de cinéma, elle réalise deux documentaires faisant le récit de l’aventure de la naissance du service sanitaire aérien : Les Ailes qui sauvent et Sauvés par la Colombe. Parrainée par le médecin Charles Pichon, elle est élevée chevalier de la Légion d’Honneur le 24 janvier 1935.

V) La Grande Guerre de Marie Marvingt, de la « chasseuse à pied » à la « bombardière »…

Marie Marvingt poiluMarie Marvingt ne peut se résoudre à rester à l’écart du plus grand cataclysme européen que constitue la Première Guerre mondiale. Déguisée en homme et usant de la connivence d’un lieutenant, elle parvient à connaître son baptême du feu dans les rangs du 42e B.C.P. Son sexe identifié, elle est retirée des premières lignes et rendue à la vie civile.

En 1915, elle est engagée dans les premières opérations de bombardement d’infrastructures militaires sur le territoire allemand. Elle est la première aviatrice militaire à prendre part à une action aérienne de combat. Au terme d’une mission frappant une caserne de Metz, elle est distinguée par la Croix de guerre.

Elle sert auprès du 3e Régiment de Chasseurs Alpins dans les Dolomites italiennes. Aux commandes d’un aéroplane spécifiquement équipé, elle peut mettre en pratique les théories qu’elle a développées depuis 1910 au sujet de l’aviation médicale.

Elle est également infirmière de guerre auprès de la Croix Rouge avant de devenir aide-chirurgicale de campagne.

Timbre de Marie Marvingt

Timbre de la poste aérienne à l'effigie de Marie Marvingt

Elle décède le 14 décembre 1963 à 88 ans et est inhumée au cimetière de Préville dans la banlieue nancéenne, après des funérailles, le 17 décembre, à l’église Saint-Epvre.

(1) Au début du 20e siècle, la station vosgienne est l’une des plus importantes d’Europe. En 1924, elle est en concurrence avec Chamonix pour l’organisation des JO d’hiver.

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Février 2013 Avril 2013

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Crédit Photos : Carte postale à l'effigie de Marie Marvingt - © Delcampe
Marie Marvingt - © DR
Djinn - © http://www.helico-fascination.com - JMP
Marie Marvingt par Emile Friant - © DR
Soldat Marie Marvingt - © DR
Timbre à l'effigie de Marie Marvingt -
© Philaposte

 

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