Focus

Image Emile Driant

06/02/2013Emile Driant

« Leur assaut peut avoir lieu cette nuit comme il peut encore reculer de plusieurs jours. Mais il est certain. Notre bois aura ses premières tranchées prises dès les premières minutes, car ils y emploieront flammes et gaz. Nous le savons, par un prisonnier de ce matin. Mes pauvres bataillons si épargnés jusqu'ici ! Enfin, eux aussi ont eu de la chance jusqu'à présent… Qui sait! Mais comme on se sent peu de choses à ces heures là. »

Lettre du lieutenant-colonel Driant adressée
à sa femme le 20 février 1916

Emile Driant, un militaire de carrière

Emile Driant en 1913Né le 11 septembre 1855 à Neufchâtel-sur-Aisne, Emile Augustin Cyprien Driant remporte le premier prix du concours général, récompensant les meilleurs élèves des classes de première et de terminale de lycée, lors de ses études à Reims.

Emile Driant en 1913

Après d’excellentes études, il intègre en 1875 l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr. Contrairement au souhait de son père qui rêvait de le voir reprendre le cabinet familial de notariat, il désire faire carrière dans l’armée française. Emile Driant a fortement été marqué par l’invasion des troupes prussiennes sur le territoire français et la défaite de la guerre de 1870.

Sorti deux ans plus tard quatrième de sa promotion, « La dernière de Wagram », Driant choisit l’infanterie. Ses formateurs louent, au cours de ses deux années à Saint-Cyr, sa résistance physique, sa façon de monter à cheval ainsi que son intelligence. Une grande carrière militaire lui est promise. Nommé en 1877 sous-lieutenant au 54e régiment d’infanterie basé à Compiègne puis Saint-Mihiel, il y devient rapidement lieutenant.

Général BoulangerIl passe ensuite à partir de 1882 au 4ème Régiment de Zouaves à Tunis et en mai 1884, il est promu officier d’ordonnance par le général Georges Boulanger, commandant le corps d’occupation en Tunisie. Il reste ensuite au service de Boulanger lorsque celui-ci est nommé ministre de la guerre en 1886.

Général Georges Boulanger

Il épouse à Paris le 29 octobre 1887 Marcelle Boulanger, fille cadette du général Boulanger. Son beau père, surnommé « Général Revanche » après la défaite de 1870, se suicidera le 30 septembre 1891 à Ixelles en Belgique, sur la tombe de sa maîtresse, morte deux mois plus tôt d’une tuberculose. Mis à la retraite forcée quelques années auparavant, il a ébranlé la IIIe République par une tentative de coup d’état avant de s’exiler en Belgique. En 1892, défendant la mémoire de son beau-père dans le journal Le Figaro, Driant est sanctionné par ses supérieurs d’une semaine d’arrêt.

Après l’éviction de Boulanger du gouvernement en 1887, Driant réintègre le 4ème Régiment de Zouaves jusqu’en 1892 et son retour en métropole. Il officie pendant quatre ans comme capitaine instructeur à l’ESM de Saint-Cyr.

Une fin de carrière marquée par des affrontements hiérarchiques

Major au 4e Zouaves jusqu’en 1898, il est nommé chef du 1er Bataillon de Chasseurs à Pied en garnison à Troyes en 1899. Sa brillante carrière militaire connaît un premier arrêt brutal suite à « l’affaire des fiches » : un scandale qui éclate en 1904 suite au système de hiérarchisation orchestré par le ministère de la guerre. L’armée désire à travers ces fiches connaître des renseignements politiques et confessionnels. Driant s’en insurge et il est rappelé à l’ordre par sa hiérarchie et écarté du tableau d’avancement pour l’année 1905 au sein de l’armée.

1er BCP à Troyes en 1910

1er BCP en garnison à Troyes en 1910

1905 marque la fin de sa carrière militaire. Driant connaît une nouvelle suspension avec 15 jours d’arrêt suite à la publication de ses notes personnelles dans la presse. Enfin, en pleine séparation des églises et de l’Etat, on reproche à Driant d’avoir célébré à Troyes la bataille de la Sidi-Brahim, grande bataille ou les Chasseurs se sont illustrés en 1845 lors de la campagne algérienne, avec une messe. Des explications lui sont demandées par le ministère de la guerre et une nouvelle fuite étale sa réponse dans la presse. Quinze nouveaux jours d’arrêt lui sont encore infligés. Driant, à qui on reproche également sa parenté avec la famille Boulanger, démissionne suite à ce dernier incident.

Le « Jules Verne » militaire élu député lorrain !

La guerre de demainEmile Driant quitte l’armée le 31 décembre 1905 à l’âge de 50 ans. Son retour à la vie civile coïncide avec les élections législatives de mai 1906. Il commence alors une carrière dans le milieu politique et se présente dans la circonscription de Pontoise (Seine-et-Oise) où il est battu au second tour par le candidat sortant.

Couronné par l’Académie Française avec la trilogie La guerre de demain, Driant se consacre pleinement à sa passion : l’écriture. Sous le pseudonyme « Capitaine Danrit », anagramme de son nom, il se caractérise par une œuvre littéraire influencée par Jules Verne où il glorifie les soldats d’hier et argumente son esprit de revanche sur l’état allemand. Ses principales œuvres sont La guerre des forteresses (1892), L’invasion noire (1894), La guerre fatale (1898), L’invasion jaune (1905), Vers un nouveau Sedan (1906), L’aviateur du Pacifique (1910) ou encore La guerre souterraine (1913).

L'aviateur du PacifiqueAux élections du 24 avril 1910, le commandant Driant est élu au premier tour pour le siège de député dans la troisième circonscription de Nancy sous l’étiquette de L’Action Libérale, un mouvement républicain. Le député nancéien devient rapidement un des porte-paroles de l’armée à l’Assemblée Nationale en intégrant notamment la commission de l’armée et en intervenant souvent à la Chambre des Députés sur les questions de la défense française, de l’infanterie ou encore de la Tunisie et du Maroc.

Emile DriantLe 26 avril 1914, il est réélu pour un second mandat, quelques mois avant la mobilisation générale. Dès le début de la Grande Guerre, Capitaine Danrit demande au ministre de la guerre, le général Messimy, pour reprendre du service. Malgré son âge (59 ans) et son passé militaire conflictuel avec ses supérieurs, le ministre accepte et il se retrouve dès les premiers jours d’août en première ligne dans le 1er Bataillon de Chasseurs à Pied. Il obtient le 14 août 1914 le commandement des 56ème et 59ème Bataillons de Chasseurs à Pied. Sa conduite héroïque lui vaut d’être Officier de la Légion d’Honneur le 20 novembre 1914.

En décembre 1915, Driant brigue le fauteuil n°8 d’Albert de Mun. Les événements de février 1916 au Bois des Caures feront avorter cette candidature suite à sa mort le 22 février 1916 lors de la bataille de Verdun.

Lors de ses rares passages à la chambre des députés et entre deux séjours au front, Emile Driant se fait porte-parole d’un projet de son ami Maurice Barrès visant à créer une médaille militaire pour décorer les soldats. Présentée le 4 février 1915, la loi pour la création de la croix de guerre est votée le 2 avril 1915 et promulguée le 8 du même mois.

Sous le déluge de feu à Verdun

A l’automne 1915, le commandant Driant prend en charge la défense du secteur du bois des Caures (Cf. Présentation du lieu), une zone étirée sur 2.000 mètres de front et profonde de 800 mètres. Conscient de la vulnérabilité des défenses, Driant décide d'en organiser le renforcement, malgré un automne humide qui a détrempé les sols, noyant les fonds des tranchées et éboulant les boyaux de liaison.

Le Lieutenant-Colonel Driant (au centre) au milieu de ses chasseurs

Le Lieutenant-colonel Driant (au centre) au milieu de ses chasseurs

Promu lieutenant-colonel à titre définitif le 28 mai 1915, il interpelle dès le 22 août 1915 par courrier le président de la chambre des députés sur l’état catastrophique de la défense de la région fortifiée de Verdun (Cf. Discours du Mois de février 2013).

Fin 1915, Driant tente une nouvelle fois d’alerter les élus, depuis son poste de commandement (Cf. présentation du PC de Driant) au bois des Caures, sur une possible attaque allemande sur la ligne Verdun-Nancy. En vain… Le commandement français continue de désarmer le secteur de Verdun pour d’autres régions jugées prioritaires.

Le 21 février 1916, à 7h15, se déchaîne une préparation allemande d’artillerie extraordinaire, d’une puissance de feu jusqu’alors inconnue. Les chasseurs résistent au prix de pertes humaines considérables.

Driant (2e en partant de la gauche) posant devant son PC au Bois des Caures

Driant (2e en partant de la gauche) posant devant son PC au Bois des Caures

Le lieutenant-colonel Driant ôte son alliance qu’il remet à son secrétaire et lui dit : « Si je suis tué, vous irez la rapporter à Madame Driant ». Devant la poussée et la force allemande, les bataillons de chasseurs sont obligés de reculer le 22 février 1916.

Alors qu’il organise le repli sur le village de Beaumont, Driant est atteint d’une balle à la tête. Il sera décoré à titre posthume de la Croix de guerre 1914-1918. De nombreux monuments au bois des Caures rendent hommage au lieutenant-colonel Driant et à ses deux bataillons de chasseurs à pied.

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Crédit Photos : Emile Driant en 1913 - © BNF
Général Boulanger - © DR
1er BCP à Troyes en 1910 - © Delcampe
L’aviateur du Pacifique / La guerre de demain - © DR
Lieutenant-colonel Driant - © SHD
Le Lt-Colonel Driant (au centre) au milieu de ses chasseurs - © DR
Driant (2e en partant de la gauche) posant devant son PC au Bois des Caures - © DR

 

Ressources

Echange Verdun-Caen
30/09/2016 Echange Verdun-Caen

Echange scolaire

Lire la suite...
Chemin de mémoire des troupes d’outre-mer
09/09/2016 Chemin de mémoire des troupes d’outre-mer

Chemin de mémoire

Lire la suite...
Abel Gance (1889-1981)
27/09/2016 Abel Gance (1889-1981)

Biographie

Lire la suite...
Le scénario du film J’accuse
27/09/2016 Le scénario du film J’accuse

Scénario

Lire la suite...