Focus

Image Franz Künstler

26/01/2012Franz Künstler, dernier vétéran de l’Empire d’Autriche-Hongrie et … des Puissances Centrales

Franz Künstler, dernier vétéran de l’Empire d’Autriche-Hongrie et … des Puissances Centrales

Franz Künstler, dernier soldat des Puissances Centrales, est décédé le 27 mai 2008, à l’âge de 107 ans. Avant de disparaître il a fait un récit de son existence, une véritable aventure…

Franz Künstler

I) Artilleur de la kaiserlich und königlich Armee

Franz Künstler naît à Soost, Hongrie du Sud, aujourd’hui Roumanie, le 24 juillet 1900. Dans ses jeunes années, il marque son désir d’étudier le droit pour exercer la profession d’avocat. Mais l’attentat de Sarajevo, du 28 juin 1914, anéantit ses projets. L’entrée en guerre, et la mobilisation de son grand frère, plonge la famille dans des conditions financières difficiles. Le tout jeune Franz est contraint de travailler. Malgré les privations, au sujet des années 1916-17, il se remémorait essentiellement les dimanches soirs passés à danser et à embrasser de jeunes filles… Le 6 janvier 1918, il est examiné par la commission médicale de l’armée austro-hongroise. Jugé apte, il intègre un mois plus tard, le 1. Reitende Artillerie Regiment. Après six semaines d’instruction à Szeged, où il apprend à servir une pièce d’artillerie, il gagne le front italien, alors positionné sur la Piave. Au début de novembre 1918, l’armée austro-hongroise se désagrège sous le coup des troubles politiques et du désastre de la bataille de Vittorio Veneto. En plein chaos, Franz et ses camarades prennent le temps de saboter leurs pièces en les précipitant dans le vide.

II) Une longue marche de sept semaines à travers un empire à l’agonie

A l’instar de nombreux soldats, Franz Künstler entreprend le long chemin qui doit le ramener dans ses foyers. A pied, il atteint Udine et y attend pendant huit longues journées, sous la menace de la capture par les troupes italiennes, un train pour Vienne. Il ne retrouve sa maison que peu de temps avant la fête de Noël. Bientôt, il s’unit avec son amie Elisabeth, et un an après la famille s’agrandit avec un fils. Pour subvenir à leurs besoins, Franz se met en quête d’un travail et passe cette simple annonce dans un journal de Budapest : « Soldat du front cherche emploi ». Il obtient un entretien et le patron de l’usine lui demande : « Quelle expérience pratique avez-vous ? ». Il répond : « J’ai servi un canon au front ». Pris à l’essai pendant huit jours, il obtient le poste. En 1931, il ouvre son propre magasin dans la banlieue de la capitale hongroise.

III) 1942 : Franz Künstler reprend du service, sous l’uniforme de la Honved

Dans les années 30, les affaires de Franz fonctionnent plutôt bien et il est maintenant bien installé. En 1941, la Hongrie, suivant l’exemple de son allié allemand, déclare la guerre à l’URSS. Franz Künstler est mobilisé en 1942, et sert pendant six mois sur le front ukrainien ou il fait fonction d’estafette entre les premières lignes et les états-majors. Il effectue ses missions, tenaillé par la peur de tomber dans une embuscade dressée par les partisans. Ayant résisté, dans des circonstances inconnues, au parti fasciste hongrois des Croix-Fléchées, il est traduit devant un tribunal militaire. Grâce à des pots de vin et de la chance, il parvient à se tirer de ce mauvais pas. Künstler reconnut : « Ce fut le pire moment de ma vie ».

IV) A nouveau sur les routes, le couple Künstler trouve refuge en Allemagne de l’ouest

A l’issue de la défaite face à l’Union Soviétique, une dictature communiste s’installe en Hongrie. En octobre 1945, Franz est arrêté par les autorités du nouveau régime. Parvenant à s’échapper le 10 janvier 1946, il trouve refuge chez un ancien client. En mai de la même année, sa femme a pu se procurer des papiers leur permettant de quitter le pays. Le couple ne s’encombre que d’une valise contenant des vêtements, des chaussures et un authentique tapis persan ! Par Passau et Stuttgart, ils gagnent la ville de Niederstetten, dans le Land du Bade-Wurtemberg.

L’accueil est glacial. Franz se souvenait : « En Hongrie, nous étions insultés d’Allemands et en Allemagne dénoncés comme des Gitans ». Pour survivre, le tapis est échangé, dans un champ de fleurs, contre des produits de premières nécessités ! Toujours en 1946, il obtient la nationalité allemande. Après de nombreux emplois temporaires, Franz est embauché dans une maison d’expédition, à Bad Mergentheim. En 1956, suite à une mauvaise grippe, il est invalide et mis à la retraite. Il parvient à améliorer l’ordinaire en achetant de vieux meubles dans les fermes pour les restaurer et les revendre. Il reste également, pendant de longues années, guide au musée de la Chasse, du château d’Haltenbergstetten. En 1981, sa femme s’éteint et jusqu’à sa mort, Franz Künstler vit seul dans sa maison, sans aide particulière.

V) Dernier vétéran allemand ?

Franz KünstlerFranz Künstler est né en Hongrie, mais comme son nom l’indique ce n’est pas un magyar. Sa famille appartient à la minorité ethnique allemande des Souabes du Danube (Donauschwaben). Jusqu’en 1946, il bénéficie de la nationalité hongroise pour ensuite vivre pendant 62 ans, la majorité de sa vie, en allemand de plein droit. Franz Künstler, né en Hongrie, serait dès lors le dernier combattant allemand comme Lazare Ponticelli, né en Italie, serait le dernier combattant français ! Cette présentation séduit tous les européens convaincus.

Et pourtant, les deux cas de Lazare Ponticelli et Franz Künstler ne sont pas entièrement comparables. En 1915, Lazare Ponticelli rejoint le 4e régiment de marche du 1er régiment étranger et a donc servi sous l’uniforme de la République française. C’est à ce titre qu’il fut honoré par la nation française. A l’inverse, Künstler n’a jamais servi dans l’armée de l’Empire allemand du Kaiser Guillaume II. Dès lors, il apparaît plus cohérent de faire de lui le dernier vétéran hongrois ou même autrichien, à défaut d’un Empire austro-hongrois qui n’est plus…

Pour conclure, il convient de rappeler que la question du dernier vétéran est un sujet très controversé dans toutes les nations belligérantes de la Grande Guerre. Ainsi, après le décès de Claude Choules, officiellement dernier participant de la Grande Guerre, la figure de l’anglaise Florence Beatrice Green et de l’américain Andrew E. Rasch, possibles ultimes combattants, sont mises en avant.

Par Romain SERTELET

Annexe :

Vidéo "In Memoriam Franz Künstler 1900-2008"
Journal du combattant du 10 décembre 2011 : "Au moins un vétéran de la Grande Guerre encore en vie, peut-être plus..."
 

Crédit Photos : Franz Künstler - © http://einestages.spiegel.de
Franz Künstler - © http://www.news.at

 

Ressources

1918, Les chemins de l’Armistice
31/10/2018 1918, Les chemins de l’Armistice

Livre

Lire la suite...
Livre : L'art du cinéma
17/09/2018 Livre : L'art du cinéma

Livre

Lire la suite...
Documentaires FRANCE 3 Grand Est
26/09/2018 Documentaires FRANCE 3 Grand Est

Documentaire

Lire la suite...
14-18 : La Terre et le Feu
04/07/2018 14-18 : La Terre et le Feu

Géologie et géologues sur le front occidental

Lire la suite...