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13/05/2013Gustav Stresemann, initiateur du premier rapprochement franco-allemand sincère et … pragmatique

Biographie du Mois - Mai 2013 

Gustav Stresemann, initiateur du premier rapprochement franco-allemand sincère et … pragmatique 

« Chacun d’entre nous appartient d’abord à sa patrie, un bon Français, un bon Anglais, un bon Allemand doit être une partie de son peuple, mais chacun doit être également un membre de la famille européenne […] Nous avons le droit de parler d’une idée européenne… Une communauté de destins nous lie les uns aux autres. Si nous voulons atteindre les sommets nous ne pouvons pas y arriver en nous combattant mais en collaborant ».

Gustav Stresemann

I) Un monarchiste ébranlé par l’effondrement du II. Reich

Gustav Stresemann nait le 10 mai 1878 dans une famille d’origine sociale humble mais ayant atteint une aisance financière certaine. Autorisé à emprunter la voie universitaire, il suit des enseignements d’histoire, de droit public, de droit international, de littérature mais aussi de sciences économiques. Professeur, il s’intéresse fortement à l’économie et se lance dans différentes activités, ouvrant notamment une usine de sucre.

Gustav Stresemann

Lié aux milieux industriels, Stresemann se situe politiquement du côté des libéraux. Cependant, il est un adepte de la réconciliation, déjà, entre les classes ouvrières et les classes supérieures. Hostile aux grands cartels, il défend l’idée d’un libéralisme fortement teinté d’un contenu social. Adhérent depuis 1903 au Parti Libéral National, il devient député en 1907 avant de prendre la présidence de ce même parti. Néanmoins, ses opinions en faveur des mesures sociales dans un mouvement défendant principalement les intérêts des dirigeants d’industrie, se heurtent à l’hostilité de ses camarades et il perd ses deux postes à responsabilité.

Dès 1901, atteint de la maladie de Basedow, il est écarté du service actif dans l’armée. Au déclenchement de la Grande Guerre, il est à nouveau titulaire d’un siège de député. Convaincu de la justesse de la cause allemande, il prône aussi bien la guerre sous-marine à outrance qu’une paix faisant la part belle aux annexions au profit de l’Empire Allemand. En 1917, il devient le vice-président des libéraux nationaux au Reichstag et se montre partisan de la destitution de Bethmann Hollweg. L’armistice et l’abdication de Guillaume II sont pour lui des événements d’autant plus dramatiques qu’il ne s’y attendait aucunement.

II) Relever l’Allemagne de 1923 : un défi remporté par le chancelier Gustav Stresemann

Le 15 décembre 1918, Gustav Stresemann fonde le Deutsche Volkspartei dont il assure la direction et qui compte notamment des industriels. Ses résultats restent modestes. L’enjeu central de la politique allemande est celui de la ratification du traité de Versailles. Il est opposé au contenu de ce texte exclusivement rédigé par les nations victorieuses. La question de la responsabilité allemande dans le déclenchement de la guerre recueille prioritairement son hostilité. Stresemann est avant tout un pragmatique ancré dans les réalités. De ce fait, il se rallie en juin 1920 à la République de Weimar n’y voyant aucune alternative crédible dans la situation allemande du moment. Ses partisans obtiennent quasiment 14% des suffrages aux élections législatives de juin 1920, ouvrant au DVP les portes du gouvernement.

A l’été 1923, la République a son destin en balance. La Ruhr est occupée par les troupes franco-belges, l’inflation est galopante et des mouvements séparatistes naissent aux quatre coins du territoire. Ce contexte dramatique provoque l’appel de Gustav Stresemann au poste de chancelier, le 13 août 1923.

Hjalmar SchachtIl parvient en à peine une centaine de jours, et malgré les pires difficultés dont une démission, à conjurer la crise. Il ordonne de cesser la résistance passive dans la Ruhr, envoie l’armée en Saxe, négocie en Bavière et met en place à l’aide du génial financier Hjalmar Schacht, le Rentenmark.

Hjalmar Schacht

Cependant, suite à une motion de censure déposée par le SPD le 22 novembre 1923, Gustav Stresemann échoue à obtenir la confiance et doit quitter ses fonctions exécutives.

III) Gustav Stresemann poursuit son œuvre de redressement à la Wilhelmstrasse

Dès le 30 novembre 1923, Gustav Stresemann retrouve un maroquin ministériel et l’un des plus prestigieux : ministre des affaires étrangères. Là encore il s’agit d’un véritable défi étant donné que le pays a connu seulement cinq ans plus tôt la pire défaite de son histoire. Au sujet des réparations qui pèsent de manière insoutenable sur une éventuelle reprise de l’économie allemande, Gustav Stresemann entame des négociations avec les Français et les Belges. Une commission d’expert dirigée par Charles Gates Dawes propose un plan accepté par les différents partis et un traité est signé à l’été 1924. Il doit permettre à l’Allemagne de recouvrer la souveraineté totale sur la Ruhr à partir de 1925. Pour leur part, les paiements sont rééchelonnés pour permettre aux finances allemandes de souffler. Au niveau diplomatique ce succès se mesure au fait que pour la première fois depuis novembre 1918, l’Allemagne participe à une négociation internationale.

De gauche à droite : G. Stresemann, A. Chamberlain et A. Briand

De gauche à droite : G. Stresemann, A. Chamberlain et A. Briand

Gustav Stresemann bénéficie également d’une amélioration du contexte international. En 1924, l’intransigeant Poincaré laisse d’abord la place à Edouard Herriot puis à Aristide Briand, tous deux plus conciliants à l’égard de l’ennemi de la veille. Un rapprochement franco-allemand s’amorce et se concrétise dans la signature des accords de Locarno, le 16 octobre 1925. Le pacte rhénan qu’ils contiennent garantit la frontière occidentale de l’Allemagne. L’opposition des milieux extrémistes en Allemagne même est virulente, à tel point que des appels au meurtre à l’encontre de Stresemann sont diffusés. Le 8 septembre 1926, l’Allemagne obtient d’occuper un siège permanent à la SDN. Pour Stresemann, il s’agit notamment de pouvoir y soumettre la question de la révision du traité de Versailles. Aristide Briand et Gustav Stresemann vont plus loin, le 17 septembre 1926. Ils se rencontrent officieusement dans le village de Thoiry dans l’Ain. La bonne volonté anime les deux hommes tant et si bien qu’ils font des concessions que se refusent à accepter les deux gouvernements. Rien de concret ne débouche donc de ces négociations ; ce qui n’empêche pas les deux politiques d’obtenir conjointement le prix Nobel de la paix le 10 décembre 1926.

Ultime action du diplomate Stresemann, la définition d’un nouveau plan, le plan Young, fixant la durée des versements allemands en nature et en espèces dus au titre des réparations à 59 années. Le 3 octobre 1929, une attaque cérébrale l’emporte à l’âge de 51 ans. L’homme ne voit pas la crise mondiale de 1929 réduire à néant son œuvre. Malgré ses immenses talents, même s’il avait vécu plus longtemps, on peut douter qu’il eut été en mesure de conjurer le sort et d’empêcher les Allemands de se laisser séduire par le discours des nationaux-socialistes.

Tombe de G. Stresemann (Berlin)

Tombe de G. Stresemann (Berlin)

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Avril 2013 Juin 2013

Maurice Ravel

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Maurice Ravel Ernst Jünger

Crédits Photos : Gustav Stresemann - © Encyclopaedia Britannica, Inc.
Hjalmar Schacht - © Wikipedia
G. Stresemann, A. Chamberlain et A. Briand - © Bundesarchiv
 Sépulture de Gustav Stresemann - © Wikipedia

 

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