Focus

Image Johann Baptist Keune

13/10/2014Johann Baptist Keune, un archéologue allemand sur le front de Lorraine

Biographie du Mois – Octobre 2014 

Johann Baptist Keune, un archéologue allemand sur le front de Lorraine 

Le professeur Keune, un passionné des civilisations antiques

Johann Baptist Keune naît le 27 novembre 1858 à Trèves. Très tôt, il se passionne pour l’Antiquité. Après des études à Marburg, Bonn et Vienne, il devient l’assistant de l’archéologue Otto Berndorf (1838-1907). En 1889, Keune retourne à Trèves où il enseigne et travaille comme bénévole au Provinzialmuseum.

En 1892, il accepte un poste de professeur de latin au lycée diocésain de Montigny-lès-Metz. Il participe dès 1895, suite aux travaux d’expansion urbaine de Metz, aux fouilles des sites gallo-romains du Sablon dans le quartier sud de la ville. L’année suivante, il prend en charge le musée municipal de Metz, tout en continuant d’enseigner.

En 1898, il devient le conservateur du musée de Metz, puis est nommé directeur quelques mois plus tard.

Un important travail de recherches et d’inventaires

Dès son arrivée au musée, il bouleverse les méthodes de travail : il tient quotidiennement ses journaux personnels de recherches et établit un carnet d’inventaire en utilisant de nouveaux outils techniques comme la photographie.

Lors des grands travaux effectués dans la région de Metz, il enrichit les collections du musée grâce aux vestiges mis au jour. Il inventorie les nouveaux objets et repense la muséographie totale du lieu. Ses recherches sur l’histoire de Metz à l’époque romaine permettent au musée messin de devenir rapidement un des sites incontournables de l’archéologie romaine en Europe.

Fouilles de Varvinay « Bois des Livrées » (Meuse) le 13 août 1915Dynamique, il visite de nombreux sites archéologiques qu’il photographie et commente dans ses carnets. Grâces aux fouilles et aux découvertes auxquelles il participe, Keune acquiert d’importantes connaissances sur les nécropoles antiques.

Fouilles de Varvinay « Bois des Livrées » (Meuse) le 13 août 1915 

Il est l’auteur de nombreux articles dans des revues scientifiques qu’il illustre à l’aide de clichés photographiques inédits. Il participe à l’enrichissement du Corpus des inscriptions latines et s’intéresse également aux marques sur les céramiques, amphores et autres vestiges antiques.

La Grande Guerre et la nouvelle mission de Keune

Lorsque la Grande Guerre éclate, Johann Baptist Keune est trop vieux pour être mobilisé. Il continue de diriger le musée de Metz mais est rapidement nommé responsable du Service de protection des œuvres d’art et des biens culturels (Schutzerwahrung von Kunst und Kulturwerken). Il est le premier conservateur à être chargé par les autorités allemandes d’une mission de protection du patrimoine artistique. Sa zone d’action s’étend du nord de Verdun à Château-Salins. Il occupera ce poste jusqu’en 1918.

Autel gallo-romain de Norroy-lès-Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) le 15 avril 1916Envoyé sur le front, accompagné d’un photographe, il entame une série de plaques photographiques où est inscrit le signe « KM » (Kriegsmuseum, Musée de la Guerre). Avec ce travail rigoureux de prise de photographies, il applique une nouvelle méthodologie de l’inventaire du patrimoine et de l’archéologie moderne.

Keune sur le chantier de Norroy-lès-Pont-à-Mousson le 15 avril 1916

Dans les zones de combats, il photographie les œuvres dans leur contexte d’origine (souvent des églises) puis les place en lieu sûr loin des bombardements, parfois même en Allemagne.

Le déplacement du patrimoine français des territoires annexés lui causera néanmoins des problèmes à la fin de la guerre.

Il programme également des fouilles archéologiques, comme à proximité de Varvinay (Meuse) où une série de tombes mérovingiennes furent découvertes. Il participe également au chantier de Senon (Meuse) et de Norroy-lès-Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle).

La fin de la guerre sonne son retour en Allemagne

Tout au long de la guerre, il arpente plusieurs sites meusiens, notamment les lieux accueillant des œuvres de Ligier Richier qu’il souhaite protéger de la destruction. Sa mission l’emmène à Hattonchâtel, à Saint-Mihiel, à Damvillers ou encore à Etain. De nombreuses œuvres sont ainsi transportées jusqu’à la chapelle des Templiers à Metz pour y être mises à l’abri.

Johann Baptist Keune (1858-1937) devant une vitrine du musée de Metz (Moselle)

Johann Baptist Keune devant une vitrine du musée de Metz (Moselle) après le bombardement aérien du 19 décembre 1915

Pris dans l’engrenage de ses fonctions, Keune participe à divers événements de propagande comme l’exposition allemande de guerre (Deutsche Kriegs-Ausstellung) qui se tient en 1917 à Metz. Elle tend à prouver la bienveillance des autorités allemandes vis-à-vis du patrimoine artistique français.

Lors de la victoire alliée, la Moselle annexée est rendue à la France. Keune a du mal à justifier l’utilisation par la propagande culturelle allemande de ses photos issues de son fond d’inventaire. On lui reproche également le transfert hors du territoire français de nombreuses œuvres d’art françaises.

Démis de ses fonctions le 19 novembre 1918, il voit la réouverture du musée de Metz en avril 1919 et tente de passer le relais scientifique à son successeur, Roger Clément. Les relations avec Michel Thiria, nouveau conservateur du musée, sont exécrables. Gravement mis en cause par ce dernier, Keune est expulsé vers l’Allemagne le 5 octobre 1919. Il retourne à Trèves où il s’installe.

En avril 1920, on lui propose de reprendre son bureau au musée à Metz. Devenu responsable d’un autre musée d’archéologie à Trèves et devant les circonstances de son départ, il le refuse.

Dès lors, il poursuit ses travaux comme chercheur libéral. Il meurt le 15 janvier 1937 à Trèves.

Son rôle fondamental pour le musée de Metz ne sera reconnu que plusieurs décennies après son départ du musée. Ses travaux de recherches sont aujourd’hui encore essentiels pour tout travail scientifique mené sur l’histoire de Metz ou sur l’archéologie.

Par Jean-Bernard LAHAUSSE

Pour aller plus loin :

De la frontière au front. Un point de vue allemand. Campagnes photographiques 1914-1917, Musée de la Cour d’Or de Metz, 2003, 94 pages

Septembre 2014 Novembre 2014

Hansi

Biographie

du

Mois

André Maginot

Hansi André Maginot

Crédits Photos : Johann Baptist Keune devant des collections archéologiques des Musées de Metz - © Droits réservés
Johann Baptist Keune (1858-1937) devant une vitrine du musée de Metz (Moselle) après le bombardement aérien du 19 décembre 1915 - © Musée de la Cour d’Or-Metz Métropole, KM 356
Fouilles de Varvinay « Bois des Livrées » (Meuse) le 13 août 1915 - © Musée de la Cour d’Or-Metz Métropole, KM 209
Autel gallo-romain de Norroy-lès-Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) le 15 avril 1916 - © Musée de la Cour d’Or-Metz Métropole, KM 439

 

Ressources

Petit Futé Argonne 2020-2021
27/05/2021 Petit Futé Argonne 2020-2021

Guide de voyage

Lire la suite...
Romagne-sous-Montfaucon, Histoire et Mémoire
04/05/2021 Romagne-sous-Montfaucon, Histoire et Mémoire

Livre

Lire la suite...
La Grande Guerre sur tous les fronts
22/03/2021 La Grande Guerre sur tous les fronts

Livre

Lire la suite...
Actes colloque
19/11/2020 Actes colloque

Actes de colloque

Lire la suite...