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Image La Grande Guerre de Jacques Péricard

09/09/2015La Grande Guerre de Jacques Péricard ou la légende du Bois Brûlé

Biographie du Mois – Septembre 2015 

La Grande Guerre de Jacques Péricard ou la légende du Bois Brûlé 

« Aujourd’hui, dans le monde entier, chacun connaît cet épisode que d’innombrables articles, des gravures, des poésies, ont popularisé. Vous vous rappelez ? Les Allemands ont envahi une tranchée et brisé toute résistance ; nos soldats gisent à terre ; mais soudain de cet amas de blessés et de cadavre, quelqu'un se soulève et, saisissant un sac de grenades, s’écrie : « Debout les morts ! ». Un élan balaye l’envahisseur. Le mot sublime avait fait une résurrection. ».

Récit du Bois Brûlé par Maurice Barrès

Un journaliste patriote

Péricard et DurrasiéJacques Péricard, de son vrai nom Joseph Péricard, naît le 17 décembre 1876 à Saint-Florentin (Indre) dans une famille de paysans catholique. A l’âge de 20 ans, il effectue ses trois années de service militaire à Bourges. A sa sortie, il est sergent et se lance dans une carrière de journaliste auprès de l’agence Havas.

Jacques Péricard et Gustave Durassié

Il épouse en premières noces Marguerite Leroux à Paris, le 3 juin 1911, puis se remarie après son veuvage avec Alice Ritte, à Vierzon le 26 août 1917. Il sera père de onze enfants, parmi lesquels le journaliste et homme politique Michel Péricard.

Suite à l’ordre de mobilisation générale du 3 août 1914, il est incorporé au sein du 62ème Régiment d’Infanterie Territoriale. Cette affectation ne satisfait pas le journaliste patriote qui veut servir en unité de combat.

Il est donc versé sur sa demande, le 1er octobre 1914, dans un régiment d’active, le 95ème Régiment d’Infanterie, au sein duquel il servira durant la totalité du conflit.

La légende du Bois Brûlé

Debout les mortsPromu adjudant en mars 1915, il participe aux combats du Saillant de Saint-Mihiel à Apremont et dans le bois de la Louvière. C’est à l’occasion des combats des 7 et 8 avril 1915 que l’adjudant Péricard se distingue. En effet, sous une averse glaciale, alors que son unité est submergée par les assauts répétés des troupes allemandes, Péricard rallie les survivants et lance une contre-attaque pour reconquérir le terrain perdu. Dans ses mémoires, Péricard décrit l’événement : « De notre tranchée à nous, en arrière, des hommes me contemplent avec des yeux d’épouvante, dans lesquels je lis : « Il va se faire tuer ! ». C’est vrai qu’abrités dans leur boyau de repli, les Boches redoublent d’efforts. Leurs grenades dégringolent et l’avalanche se rapproche avec rapidité. Je me retourne vers les cadavres étendus. Je pense : « Alors, leur sacrifice va être inutile ? Ce sera en vain qu’ils seront tombés ? Et les Boches vont revenir ? Et ils nous voleront nos morts ? » La colère me saisit. De mes gestes, de mes paroles exactes, je n’ai plus souvenance. Je sais seulement que j’ai crié à peu près ceci : « Oh là, debout ! ».

Vitrail de MarbotteLe cri « Debout les morts » (expression couramment employée avant 1914 pour réveiller les soldats dans les casernes) connaît rapidement un élan patriotique abondamment relayé dans la presse et érigé au rang d'épopée.

Vitrail de Marbotte

Il est repris jusqu’au Sénat par le général Gallieni devant la commission des pétitions. Cet épisode reste un symbole de l'âpreté des combats qui ont opposé les deux armées durant près de 1500 jours, au point d’être illustré par un vitrail commémoratif qui orne aujourd'hui la nef de l'église de Marbotte. Péricard obtient la postérité grâce à ce cri devenu célèbre.

Pour sa bravoure au Bois-Brûlé les 7 et 8 avril 1915, il est nommé sous-lieutenant le 24 mai et est cité à l’ordre du 8ème Corps d’Armée. Promu lieutenant le 3 octobre de la même année, il est évacué pour maladie quelques jours plus tard.

Engagé dans l’enfer de Verdun

Après un mois de convalescence, il retrouve le 95ème RI engagé dans de nouveaux combats dans la forêt d’Apremont. Il refuse ensuite le grade de capitaine, au grand étonnement de ses supérieurs.

En 1916, Péricard et son régiment se retrouvent engagés dans la fournaise de Verdun. Il s’illustre une nouvelle fois et obtient une nouvelle citation le 12 mai. Engagé pendant la quasi-totalité de la bataille de Verdun, il est de nouveau évacué pour maladie en janvier 1917.

Pendant sa longue convalescence, il commence la rédaction de romans autobiographiques inspirés de sa vie de soldat. Dans Verdun 1916, il affirme « Qui n’a pas combattu à Verdun, ne connaît pas la misère ».

Au printemps 1918, il rejoint ses hommes. Encore affaibli, il est affecté le 25 mai 1918, en raison de la reprise de la guerre de mouvement, à l’état-major de la 16ème Division d’Infanterie. Il participe tout de même à la poursuite de l’ennemi et à la bataille de la ligne Hindenburg. Il est évacué une troisième fois pour raison de santé quelques jours avant l’Armistice.

Fervent défenseur des anciens combattants

Démobilisé le 1er février 1919, il reprend ses activités de presse à l’agence Havas et collabore ainsi à différents journaux (L’Intransigeant, L’Ouest-Éclair, Le Bien public, …).

Croix des redoutesSe présentant comme le porte-parole des anciens combattants, il propose en 1921 de ranimer chaque jour la flamme du soldat inconnu. Épaulé par Maurice Brunet, ancien combattant et grand invalide, et Léon Bailly, directeur du journal L’Intransigeant, il organise le « culte de l’Inconnu ».

Croix des redoutes

À leur appel, 150 associations d’anciens combattants s’engagent à raviver la Flamme tous les soirs à tour de rôle selon un calendrier et des rites établis. Une association « La Flamme sous l’Arc de Triomphe », voit le jour en 1925 et le général Gouraud, mutilé de guerre et gouverneur militaire de Paris, en devient le président jusqu’en 1946, date de sa mort.

Catholique pratiquant, il est président de la DRAC (Ligue des Droits des Religieux Anciens Combattants). En 1922, il lance avec Gustave Durassié, mutilé de guerre et imprimeur, une publication annuelle, l’Almanach du combattant. Cette revue existera entre 1922 et 1993 et publiera des milliers d’articles sur la Première Guerre mondiale, des récits, des carnets de bord, des biographies de combattants, mais aussi des contes, des poésies et des pièces de théâtre.

La croix des Redoutes
En parcourant le sentier du souvenir tracé sur le secteur du Bois Brûlé, on rencontre une croix de bois dressée en 1925, la Croix des Redoutes. Ce modeste monument, orné de plaques commémoratives, rappelle ici le souvenir des furieux combats auxquels le 95ème RI et l’adjudant Péricard prirent part.

Août 2015 Octobre 2015

Bouko etThill

Biographie

du

Mois

Séré de Rivières

Auguste Bouko
et Jean-Pierre Thill
 Général Séré
de Rivières

Crédit Photo : © Droits réservés

 

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