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Image Le sergent Paul Dumont, un héros méconnu

03/08/2011Le sergent Paul Dumont, un héros méconnu

I) Le sergent Paul Dumont, un héros méconnu 

Le 25 février 1916, lors de la prise du fort de Douaumont après quatre jours de combat, la propagande allemande a désigné les deux vainqueurs officiels : le Capitaine Haupt et le Lieutenant von Brandis, tous deux à la tête d’une compagnie du 24e Régiment d’Infanterie Brandebourgeois. Tous deux furent décorés du prestigieux ordre « Pour le Mérite ». Ce n’est qu’à la fin de la guerre que le grand public découvrit qu’en réalité c’était l’Adjudant Kunze, d’une autre compagnie du même régiment, commandée par le Sous-Lieutenant Radke, qui était entré le premier dans le fort, tenu alors par une soixantaine de territoriaux français…

Huit mois plus tard, le 24 octobre 1916, à l’occasion de la contre-offensive décisive soigneusement préparée et conduite par le Général Mangin, les événements ne se sont pas passés non plus tout à fait comme prévu…. Le véritable héros de la reprise de Douaumont, le sapeur Paul Dumont a connu successivement une célébrité exceptionnelle…suivie au fil des années d’après guerre, d’un oubli presque total. Il aura fallu attendre le 90e anniversaire de la bataille de Verdun pour que la vérité soit rétablie et que justice soit rendue au héros atypique et modeste que fut Paul Dumont.

Voici les principaux épisodes de ce destin singulier qui est progressivement redécouvert aujourd’hui.

II) Premier coup d’éclat : l’attaque du 11 juin 1915 dans le secteur de Nieuport :

Paul Louis Emile Dumont voit le jour, le 18 juin 1895, à Meudon. Vers 1905 sa famille s’installe aux Pavillons-sous-Bois, commune de création récente. Il apprend le métier d’électricien et devient Capitaine de l’équipe de football de la ville. A la déclaration de guerre, il n’hésite pas et se porte volontaire, le 10 septembre 1914. Le 22 octobre 1914, il rejoint le front et son unité, la 2e compagnie du 19e bataillon de génie, rattachée à la 38e division d’infanterie. Rapidement il est nommé maître ouvrier. Son unité sert sur le front de Belgique et en juin 1915, on la trouve dans le secteur de Nieuport. La compagnie prend part à la guerre de mine. Des travaux allemands de percement d’une galerie sont signalés, dans la zone du poste de la « Grande dune ». Les sapeurs français réalisent leur propre fourneau.

Sergent Dumont

Le 11 juin, pour devancer les Allemands, la mise à feu des explosifs est ordonnée. Une attaque d’infanterie doit profiter du désarroi allemand, consécutif à l’explosion, pour pénétrer les lignes adverses. Des volontaires de la « dix-neuf deux » sont sollicités pour précéder l’infanterie et lui ouvrir la voie, à coups d’explosifs, à travers les fortifications de campagne allemandes. Le sapeur Dumont est du nombre. A 18 heures, un formidable panache jaillit des entrailles du sol, c’est le signal. Dumont et ses camarades s’élancent, accompagnés par l’infanterie. Toutefois, l’assaut se conclut en un sanglant échec. Paul Dumont fait partie des survivants et parvient à rejoindre ses lignes. Le 19 juin, il est cité à l’ordre de la division pour la bravoure dont il a fait preuve lors de cet accrochage : « volontaire pour faire partie d’un détachement chargé de détruire par les explosifs les travaux de mine de l’ennemi, s’est acquitté de sa mission avec beaucoup d’entrain, de sang-froid et de courage après un corps à corps avec l’ennemi le 11 juin 1915. » Le petit gars débrouillard de la banlieue parisienne est très vite devenu un acteur confirmé au sein de la Compagnie 19/2 du Génie de la glorieuse 38e D.I.

III) La consécration : la libération de Douaumont le 24 octobre 1916 :

Un an plus tard, le 1er juin 1916, son unité gagne « l’enfer de Verdun ». Après de longs mois d’épreuves, tard dans la matinée du 24 octobre 1916, elle prend part à la contre-offensive française. Il s’agit de reprendre le fort de Douaumont. Depuis six semaines le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc et la 2e Compagnie du 19e Bataillon du Génie se préparent à cet instant qui doit marquer le tournant de la bataille de Verdun. Après une marche harassante, sous le feu de l’artillerie allemande, Paul Dumont distingue à travers le brouillard, la silhouette du fort de Douaumont. Regroupant quelques isolés du RICM, il décide de foncer sur l’objectif, au mépris des dangers qui sont susceptibles de l’y attendre. Il pénètre dans le fort par la porte principale. Les cinq hommes parviennent à s’ouvrir un chemin jusqu’au cœur du fort. Ils tombent nez à nez avec un groupe de vingt-huit Allemands. Le gros de la garnison allemande ayant été évacué devant la violence du bombardement et le danger d’incendie, seuls sont restés le Hauptmann Prollius, trois officiers, quelques pionniers et quelques observateurs d’artillerie. Prollius est un officier d’artillerie qui occupe la fonction de commandant intérimaire du fort. Voici le récit que Paul Dumont fait de leur reddition : « Le chef nous crie « Kommandantur !...» et il nous montre qu’il est sans armes. Alors vite, je fais avancer tout le monde. Je fais appeler le capitaine et je lui passe mes prisonniers. Nous avons ensuite tenu garnison pendant dix jours dans le fort sous un marmitage qui ne nous a pas empêché d’organiser nos tranchées en avant ». Symbole de l’esprit chevaleresque des protagonistes de cette scène historique, Prollius, titulaire de la croix de fer, remet sa montre à Paul Dumont. Alors que la mission en incombait au 8e Bataillon du RICM, commandé par le Commandant Nicolay, c’est un homme de la 2e Compagnie du 19e Bataillon du Génie, chargé d’appuyer le RICM, qui réalise l’exploit. Le Capitaine Dorey, à la tête du 1er Bataillon du RICM, constatant l’absence du 8e Bataillon, décide d’entrer dans le fort, ce qui n’est pas sa mission. Ceci fait, il a la surprise de trouver la petite garnison allemande déjà prisonnière et rassemblée par Paul Dumont dans une salle de l’étage inférieur du fort.

Sergent Dumont aux abords du Fort de Douaumont

Les abords du fort de Douaumont à sa reconquête

Le 4 décembre 1916, la consécration officielle intervient. Paul Dumont est fait Chevalier de la Légion d’Honneur avec la citation suivante : « a pris de sa propre initiative le commandement de quatre soldats coloniaux : à leur tête a pénétré le premier dans le fort de Douaumont y a capturé quatre officiers et vingt-quatre hommes. ». Paul Dumont devient soudain l’un des poilus les plus célèbres, sa photo figure dans la presse nationale, dont l’Illustration. Il reçoit les lettres de 200 jeunes femmes candidates comme marraines de guerre. Une bande dessinée lui est même consacrée et une chanson, dans laquelle Dumont rime avec Douaumont, est chantée par les écoliers.

IV) L’infatigable : Chemin des Dames 16 avril 1917 et Aisne août 1918 :

Le 16 avril 1917, Paul Dumont est acteur de l’offensive Nivelle, dans la zone de Paissy. Une heure après l’attaque, il quitte les tranchées françaises et débute un chantier. Toutefois, le sort des armes est défavorable aux troupes françaises. Ces dernières sont bloquées et Paul Dumont et ses hommes se retrouvent sous le feu allemand. Blessé au cours de l’action, Paul Dumont obtient une nouvelle citation : « gradé d’un grand courage, décoré de la Légion d’Honneur et cité à l’ordre de l’armée pour sa belle conduite à Douaumont. A été blessé le 16 avril 1917 en dirigeant un chantier sous un violent bombardement. » De toutes les grandes batailles, Paul Dumont sert lors de l’offensive de la Malmaison et à partir de la fin mars 1918, au cours des offensives Ludendorff. En août 1918, alors que le général Foch a repris la main, il construit des ponts sur l’Aisne et entretient les routes. Elevé sergent, il décroche une ultime citation, à l’ordre de la division : « le sergent Dumont Paul ; sous officier hors de pair. Pendant les combats d’août 1918 a assuré le passage sur une rivière des premières patrouilles d’infanterie malgré la présence de tirailleurs ennemis. S’est acquitté de sa tâche avec sang froid et courage. »

Au terme de la guerre, Paul Dumont retombe dans un anonymat qu’il accepte avec philosophie. Il reprend son métier d’électricien aux Etablissements REPIQUET de Bobigny où il anime aussi l’équipe de football du personnel de l’entreprise. Le 23 décembre 1957, la République lui confère une ultime marque de reconnaissance en le décorant de la rosette d’officier de la Légion d’Honneur. En 1966, pour le 50e Anniversaire de la bataille de Verdun une plaque rappelle le rôle de la Compagnie 19/2 du Génie dans la reprise du fort, avec le RICM. Le 19 mars 1976, Paul Dumont s’éteint à l’hôpital franco-musulman, aujourd’hui Avicenne, de Bobigny. Depuis quelques années, la mémoire de Paul Dumont se ravive. En 2006, 90e anniversaire de Verdun, deux cérémonies sont organisées au cimetière de Drancy où se trouve sa tombe, à l’initiative du Souvenir Français et de la Municipalité, toutes deux avec le soutien de la Fédération Nationale du Génie. Enfin, le 10 février 2011 à Saint-Maixent l’Ecole, la 273e Promotion de l’ENSOA (Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active), forte de 262 sergents, dont 28 femmes, s’est vue attribuer le nom de « Sergent Paul Dumont ».

Insignes 273e promotion

Insigne de la 273e promotion de l’ENSOA

Par Romain SERTELET

Remerciements :

André Peltre

Source :

LEMONCHOIS Edmond, Il y a 70 ans…Paul Dumont

 

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