Focus

Image Bouche à feu du Soldat Inconnu à Paris

07/11/2012Objet du Mois - Novembre 2012 - Bouche à feu du Soldat Inconnu à Paris

Objet du Mois – Novembre 2012

Bouche à feu du Soldat Inconnu à Paris

Parler de la tombe du Soldat Inconnu, c’est faire allusion aussi bien au tombeau qu’à la flamme éternelle. Pourtant, bon nombre de Français méconnaissent l'origine de la flamme. Elle est apparue bien après l’inhumation du soldat inconnu initialement choisi dans la citadelle de Verdun.

Commémorer un soldat inconnu, une idée du Souvenir Français

Le 20 novembre 1916, alors que la bataille de Verdun fait rage, le président du Souvenir Français de Rennes, François Simon, évoque l’idée « d’ouvrir les portes du Panthéon à l’un des combattants ignorés morts bravement ».

Le 12 juillet 1918, le député d’Eure-et-Loir, Maurice Maunoury, soumet l’idée d’élever un tombeau à un soldat anonyme. La même année, un transfert symbolique au Panthéon du corps d’un combattant est proposé à Clemenceau, président du Conseil. Ce projet ne se concrétise qu’après la fin de la Grande Guerre. Le 12 novembre 1919 la Chambre des Députés adopte la proposition d’inhumer « un déshérité de la mort » sans qu’aucun lieu spécifique ne soit adopté.

En 1920, le lieu de sépulture du soldat inconnu est changé : ce n’est plus le Panthéon mais l’Arc de Triomphe. Le choix de ce nouveau lieu est dû à une campagne menée par des écrivains. Sous l'impulsion énergique de l'écrivain Binet-Valmer qui a créé en 1919 la Ligue des chefs de section et des soldats combattants, les anciens combattants se mobilisent pour que le soldat inconnu repose sous l'Arc de Triomphe de la place de l'Etoile, lieu symbolique de la société française.

Le gouvernement d’Alexandre Millerand préfère alors porter le cœur de Léon Gambetta au Panthéon pour célébrer le cinquantenaire de la IIIème République et inhumer le Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomphe le même jour : le 11 novembre 1920, deuxième anniversaire de l’Armistice de la Grande Guerre.

André Maginot, ministre des Pensions et lui-même ancien combattant de la Première Guerre mondiale est désigné pour présider la cérémonie de choix du soldat inconnu. Elle se déroule dans un lieu mythique de la résistance française en 1914-1918 : la Citadelle de Verdun. Le soldat de deuxième classe du 132ème RI, Auguste Thin est choisi pour désigner le cercueil du combattant parmi huit cercueils contenant les corps de soldats français non identifiés, retrouvés dans huit secteurs du front. Le 10 novembre 1920, alors que le soldat Thin vient de choisir le sixième cercueil, le corps quitte dans la foulée la citadelle sous escorte militaire pour rejoindre la gare de Verdun. Transporté à Paris, il est veillé toute la nuit place Denfert-Rochereau. Après une entrée solennelle sous l’Arc de Triomphe le 11 novembre 1920, il sera enterré plus tard, le 28 janvier 1921. (Pour en savoir plus sur la cérémonie du choix à Verdun, cliquez-ici)

Cérémonie Soldat Inconnu

Cérémonie du choix du soldat inconnu dans la citadelle de Verdun

Le Soldat Inconnu est alors décoré à titre posthume de la Légion d’Honneur, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre pour « un hommage suprême de la patrie aux héros obscurs et anonymes qui sont tombés pour elle ».

La Flamme, une idée lumineuse

Grégoire CalvetSuite à l’inhumation du Soldat Inconnu, le sculpteur ariégeois, Grégoire Calvet, soumet, le 29 mars 1921, l’idée d’installer une flamme du souvenir près du tombeau.

Grégoire Calvet, auteur du Monument du Bois des Caures

Il projette d’installer au sommet de la voûte une barrière lumineuse - une ampoule électrique - pour marquer l’emplacement du soldat sans nom.

Son projet de lumière éternelle est repris en octobre 1923 par l’écrivain et journaliste Gabriel Boissy, ancien combattant et un des fondateurs de l'Association des Ecrivains Combattants. Il passe tous les jours place de l’Etoile pour rentrer à son domicile et trouve que la tombe du Soldat Inconnu paraît bien seule sous la voûte de l’Arc de Triomphe. Dans les colonnes du journal L’Intransigeant, il signale sa peur qu’un jour ce soldat soit oublié par la société et propose d’installer une flamme du Souvenir des Morts qui brûlerait sans interruption. On préfère le feu à l’énergie électrique car « la flamme symbolise la vivacité, la perpétuité et l’ardeur en témoignage de la valeur du sacrifice ». Après sa mort, le 28 octobre 1928, Grégoire Calvet fut reconnu comme le créateur des cérémonies du souvenir et de la flamme éternelle.

Tombe du Soldat Inconnu

Son idée est vite adoptée par l’opinion publique et le 11 novembre 1923, à 18 heures, sous l’Arc de Triomphe, en présence d’une foule mémorable et d’un bataillon du 5ème Régiment d’Infanterie, André Maginot, devenu ministre de la Guerre, allume pour la première fois la Flamme du Souvenir qui depuis n’a cessé de brûler.

A son allumage, Jacques Péricard, ancien combattant, propose de faire ranimer tous les soirs la Flamme par des anciens combattants. (Pour en savoir plus sur le Comité de la Flamme et le ravivage, cliquez-ici)

Une bouche à feu pour une flamme sacrée

Au lendemain de la proposition de Gabriel Boissy, l’installation de cette flamme est confiée aux établissements de ferronnerie d’Edgar William Brandt.

L’architecte Henri Favier est choisi par son ami Edgar Brandt pour dessiner la structure qui accueillera la Flamme Sacrée. Habitué à travailler en collaboration sur de nombreux projets, Favier propose de construire une bouche à feu. Encastrée au centre d’une rosace représentant un bouclier de bronze renversé dont la surface ciselée est constituée par une frise de glaives formant une étoile, la gueule de canon est braquée vers le ciel.

Bouche à feu

En dessous de la flamme, quelques mots sur la dalle « Ici repose un soldat français mort pour la patrie. 1914-1918 ». Il est à noter qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un bouclier en bronze est apposé devant le tombeau. Il représente l’insigne, une épée enflammée, de la Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force (SHAEF - Quartier général des forces alliées en Europe nord-occidentale). De chaque côté une inscription, « The Allied Expeditionary Force – 25 August 1944 » à gauche et « Corps Expéditionnaire Allié – 25 août 1944 » qui fait référence à la libération de Paris.

Le ravivage de la flamme a lieu chaque soir à 18h30. Il est assuré, depuis la création de la Flamme en 1923, par le Comité de la Flamme (Cf. présentation de l’association). Pendant l’entre-deux guerres, le 81ème Régiment d’Infanterie de ligne fut chargé d’entretenir la flamme du soldat inconnu : pour cette action le régiment jusqu’en 1995, date de sa dissolution, fut surnommé « Régiment de la Flamme ».

Depuis le 11 novembre 1923, la flamme qui veille le soldat ne s’est jamais éteinte. Que ce soit le 14 juin 1940, jour de l’entrée des Allemands à Paris, ou durant toute l’Occupation, le rituel du ravivage ne s’est jamais arrêté. C’est la seule célébration nationale que l’occupant allemand toléra.

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Pour aller plus loin :

Le soldat inconnu, la guerre, la mort et la mémoire, Jean-Yves Le Naour, Gallimard, 2008, 111 pages

Le soldat inconnu, invention et postérité d’un symbole, Jean-François Jagielski, Editions Imago, 2005, 248 pages

Les soldats inconnus de la Grande Guerre, la mort, le deuil, la mémoire, François Cochet et Jean-Noël Grandhomme, Editions SOTECA, 2012, 521 pages

Remerciements :

Jean-Paul CALVET, petit-neveu de Grégoire CALVET

Octobre 2012 Décembre 2012/
Janvier 2013 

US Army Field Telephone

Objet

du

Mois

Chemise rouge

US Army Field
Telephone
 Chemise
rouge
 

Crédit Photos : Cérémonie du choix du soldat inconnu - © Maurice Anger / Roger-Viollet
Grégoire CALVET - 
© DR
Tombe du soldat inconnu - © MAXPPP
Bouche à feu - © http://geneinfos.typepad.fr

 

Ressources

La Force Noire
12/06/2017 La Force Noire

Exposition

Lire la suite...
14-18 le sport sort des tranchées
12/06/2017 14-18 le sport sort des tranchées

Livre de Michel Merckel

Lire la suite...
Noir de boue et d'obus
07/06/2017 Noir de boue et d'obus

Spectacle de Difé Kako Noir de boue et d'obus

Lire la suite...
L'Aviation en Meuse en 1914-1918
24/05/2017 L'Aviation en Meuse en 1914-1918

Exposition itinérante

Lire la suite...