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Image Préface d'André Maginot en 1926

12/09/2013Préface de l’ouvrage d’Henri Frémont, Les Faits, gestes et dires du Père Barnabé, par André Maginot en 1926

Discours du Mois – Septembre 2013 

Préface de l’ouvrage d’Henri Frémont, Les Faits, gestes et dires du Père Barnabé, par André Maginot en 1926 

Réfugiés meusiens"Frémont m'a demandé de lui écrire quelques lignes pour servir de préface à son livre. J'ai accepté, bien qu'il ne soit pas dans mes habitudes d'écrire des livres ou d'en préfacer.

Chez moi, le goût de l'action l'emporte sur celui de la littérature, et cette tendance, je dois l'avouer, au risque de me faire traiter par certains de béotien, n'a fait que s'accentuer depuis la guerre, rude école qui a appris à ceux qui y sont passés à s'attacher plus à la réalité qu'à l'expression et à préférer l'efficacité d'un acte à la belle ordonnance d'un livre ou d'un discours.

Mais pourquoi alors faire une exception en faveur du livre de Frémont et le recommander aux lecteurs ?

Si je me permets de le recommander, c'est parce que ce livre est justement un acte. Il dresse une barrière contre le défaitisme et l'oubli. Alors que chez tant de gens s'efface déjà le souvenir de la guerre et que la lâcheté renaît, il nous ramène, par l'évocation des épreuves passées aux années de souffrance et de gloire. Il nous montre ce que peut un peuple, lorsqu'il reste courageux, fier, confiant en sa valeur comme en son destin, lorsqu'il a en un mot une mentalité de vainqueur. À ce titre, le livre de Frémont mérite notre plus sympathique intérêt et c'est un devoir que d'appeler l'attention sur lui.

Avec le Père Barnabé, c'est l'histoire du réfugié que nous revivons, l'histoire du réfugié Meusien, ce déraciné par la guerre qui, dans les tristesses de l'exil, en dépit des misères et des vexations, se sentant parfois un étranger sur la terre française, s'est révélé, que dis-je, est demeuré vaillant, irréductible dans son abnégation comme dans sa foi patriotique et dont l'exemple a contribué à maintenir à l'arrière cette résistance, sans laquelle l'héroïque effort des combattants n'eut pu forcer la victoire.

Le Père Barnabé a été, car il y en a eu aussi, et malgré l'hésitation qu'on peut avoir à accoupler ces deux mots, un poilu de l'arrière. C'est une de ces figures de vieux Meusien, comme nous en connaissons tous et qui sont comme l'expression vivante de notre sol, avec sa rudesse, ses coins charmants et sa grandeur faite de sacrifices et de glorieux souvenirs. Attaché à sa glèbe meusienne, faisant pour ainsi dire corps avec elle, l'arrachement à son village qu'il chérit de son profond amour de terrien, n'a cessé d'être pour ce paysan de Samogneux, pendant les quatre années de guerre, le plus pénible, le plus douloureux des supplices. Mais parce que c'est un vrai Meusien, le père Barnabé est un bon Français. Il n'a qu'une peur, lui qui ne vit que dans l'espoir de retourner bientôt chez lui, de revoir ses champs et ses bois, de relever sa maison détruite, c'est qu'une paix prématurée, une paix de lassitude n'enlève à la France le bénéfice de sa longue résistance et de son héroïsme. Quoi qu’il lui en coûte de voir se prolonger son dur exil qu'il accepte parfois en bougonnant, mais avec stoïcisme, il ne veut pas entendre parler de négociations avant que nous n'ayons obtenu la victoire, la victoire complète et décisive, celle dont, lui, n'a jamais douté. 11 est de ceux qui s'indignent, et avec quelle chaleureuse éloquence dans son parler fruste, contre la tentative des socialistes d'engager à Stockholm des pourparlers de paix qui risquaient de briser l'élan de nos soldats à la veille de leur suprême effort. Et je ne puis m'empêcher de me souvenir, car j'y vois la preuve de l'affinité qui relie les âmes des hommes d'un même terroir, que ce furent justement deux Meusiens (en référence à Raymond Poincaré, président de la République de 1913 à 1920, et lui-même, ministre des Colonies en 1917), deux compatriotes du père Barnabé qui, dans les conseils du Gouvernement, en 1917, empêchèrent par leur ferme opposition ce crime contre la Patrie de s'accomplir.

Monument du Père Barnabé

Monument du Père Barnabé à Samogneux

Tout, dans l'attitude du père Barnabé pendant ses quatre années d'exil, est à l'avenant. Les dialogues qui le mettent aux prises avec celui qu'il appelle avec une bonhomie un peu railleuse « Not' Rédacteur » et où l'on retrouve la franchise brutale, mais accompagnée de finesse et d'un peu de malice des gens de chez nous, témoignent du même clair jugement, de la même sagesse, de la même foi dans la patrie. Chacun d'eux mériterait un commentaire mais ce serait excéder mon rôle et je préfère, dans l'intérêt des lecteurs, les renvoyer au livre lui-même.

Lisez ce livre, Meusiens qui avez connu les horreurs de l'invasion et les cruautés de l'exil, c'est votre histoire que vous y retrouverez !

Lisez aussi ce livre, Français que l'invasion n'a pas touchés, afin de mieux comprendre ce que fut la souffrance de vos compatriotes du Nord et de l'Est, arrachés par la guerre à leur sol et à leurs foyers. Si la guerre est vraiment une charge collective, vous qui n'avez été ni réfugiés, ni sinistrés, vous jugerez sans doute que, loin d'avoir trop fait, comme le prétendent certains, pour ses fils des régions envahies, la France n'a payé que sa dette en leur procurant les moyens de réparer les dommages matériels, qui ne sont pas les seuls, que l'invasion leur ait causés !

Lisez ce livre, enfin, vous tous qui, oubliant déjà le grand exemple que notre Pays a donné, en arrivez, impressionnés par des défaillances passagères, à douter de la vertu de notre race et des ressources de notre vaillant peuple !

En écoutant le père Barnabé de Samogneux, cette voix de paysan patriote, issu de la même terre que « Jeanne la Salvatrice », vous vous sentirez réconfortés et plus confiants dans nos destins.

Merci à Frémont, « Notre Rédacteur », de nous avoir fait connaître ce compatriote dont nous sommes fiers. On ne pouvait employer plus de talent à une œuvre plus française."

André MAGINOT

Juillet/
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 Octobre 2013 

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 François Fillon
21 juin 2011
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Crédit photo : Réfugiés meusiens - © Frémont Imprimerie
Monument du Père Barnabé à Samogneux - 
© http://lecointemichel.free.fr/

 

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