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Image Le village détruit de Douaumont

01/03/2012Lieu du Mois - Mars 2012 - Le village détruit de Douaumont, lieu de la capture du capitaine de Gaulle

Lieu du Mois - Mars 2012 

Le village détruit de Douaumont, lieu de la capture du capitaine de Gaulle 

Rue menant à l’ancienne église de Douaumont

Photo n°11 : Rue menant à l’ancienne église de Douaumont 

Dans une lettre du 8 décembre 1918, adressée à son ancien colonel, Charles de Gaulle revient sur les circonstances de sa capture : « Voyant que l’ennemi accablait de grenades le coin où je me trouvais avec quelques hommes et que, d’un moment à l’autre, nous allions y être détruits sans pouvoir rien faire, je pris le parti d’aller rejoindre la section Averlant. Notre feu me paraissait avoir dégagé de boches un vieux boyau écroulé qui passait au sud de l’église. N’y voyant plus personne, je le suivis en rampant avec mon fourrier et deux ou trois soldats. Mais, à peine avais-je fait dix mètres que dans un fond de boyau perpendiculaire, je vis des boches accroupis pour éviter les balles qui passaient. Ils m’aperçurent aussitôt. L’un d’eux m’envoya un coup de baïonnette qui traversa de part en part mon porte-cartes et me blessa à la cuisse. Un autre tua mon fourrier à bout portant. Une grenade, qui m’éclata littéralement sous le nez quelques secondes après, acheva de m’étourdir. Je restai un moment sur le carreau. Puis, les boches, me voyant blessé, me firent retourner d’où je venais et où je les trouvais installés… En ce qui me concerne, le reste ne mérite plus aucune considération. » Le court récit du capitaine de Gaulle transmet pleinement l’atmosphère dramatique de la destruction de sa compagnie. Pour comprendre comment de Gaulle et ses hommes ont pu se retrouver encerclés et submergés, il convient de revenir sur les modalités et conditions d’engagement du 3e bataillon du 33e R.I. dans le village martyr de Douaumont, le 2 mars 1916.

I) Le 33e R.I., voué à la défaite à Douaumont ?

Destruction du 3e bataillon du 33e RI

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La bataille allumée depuis le 21 février par la V. Armee du Kronprinz Guillaume, dans le secteur de Verdun, s’apparente rapidement à une dévoreuse d’hommes. Pour contenir la poussée adverse, le commandement français effectue de nombreux prélèvements sur le reste du front de France. C’est dans ce contexte que, le 25 février, le 33e R.I. du lieutenant-colonel Boud’hors, dont la 10e compagnie a pour capitaine un certain Charles de Gaulle, quitte l’Aisne en direction de la Meuse. Le 1er mars, l’unité reçoit ordre de relever le 110e R.I., dans le secteur « chaud » du village de Douaumont, entre le Calvaire (route Douaumont-Bras, à 800 m ouest de Douaumont) et l’ouvrage en dent de scie (sud-est de Douaumont) du fort de Douaumont.

Chapelle reconstruite sur l’emplacement de l’ancienne église de Douaumont

Photo n°8 : Chapelle reconstruite sur l’emplacement de l’ancienne église de Douaumont

L’opération ne devant s’effectuer qu’à la nuit, pour d’évidentes raisons de discrétion, le lieutenant-colonel profite des dernières heures avant la manœuvre pour se renseigner sur sa future zone de combat. Les contacts pris avec les officiers du 110e R.I. et le commandant de la 4e brigade, malgré les assurances données, lui causent quelques inquiétudes. Pour obtenir une appréciation juste et objective de la situation, il sollicite le capitaine de Gaulle, son ancien adjoint. Il réalise une reconnaissance minutieuse sur le terrain. Son rapport est sans équivoque. Si la liaison à gauche, avec le 146e R.I. est assurée, elle ne l’est aucunement à droite. Sur cette dernière aile, le contact devrait être établi avec une unité de Zouaves. Or le capitaine de Gaulle estime la brèche dans la continuité des lignes françaises, à 700 mètres. Pire, le « trou » se situe juste au niveau du fort de Douaumont, dans lequel, toujours selon l’avis du capitaine de Gaulle, l’ennemi effectue des concentrations en vue d’une attaque imminente.

Vue du centre de Douaumont vers le chemin de la Couleuvre

Photo n°12 : Vue du centre de Douaumont vers le chemin de la Couleuvre

Bien que convaincu par les dires de son subordonné, le colonel du 33e R.I. n’a qu’une faible marge de manœuvre. Il se contentera de faire transmettre ces renseignements au niveau de la brigade, mais ne peut aucunement sursoir à la relève. A leur arrivée dans les tranchées de premières lignes, les hommes du 33e R.I. sont très surpris par la nature des positions : pas de tranchées mais de simples trous d’obus reliés les uns aux autres par des boyaux peu profonds et hâtivement creusés. On est loin des organisations du front de l’Aisne avec ses multiples lignes de défenses avec fils de fer et tranchées au tracé parfaitement étudié. En outre, la situation tactique du 33e R.I. est mauvaise, comme le signale le lieutenant colonel Boud’hors : « nos premières lignes n’ont aucune vue et que, devant elles, un dos d’âne empêche de dépister ce qui se passe en avant d’elles et, en particulier, dans ce ravin dont la tête aboutit près de l’église de Douaumont ». Les deux lieux évoqués par l’officier sont le massif du Chaufour et le ravin de Helly. La 10e compagnie du 33e R.I. relève la 12e compagnie du 110e R.I., dans la partie gauche du village, où se situe l’église. L’emplacement du poste de commandement du capitaine de Gaulle n’est pas connu avec certitude. Toutefois, on peut avancer l’idée que, placé quelques dizaines de mètres en retrait de la ligne de feu, il se situe dans une cave ou un bâtiment en ruines du village de Douaumont. Au-delà de l’église, dans les différents replis de terrain, les troupes allemandes fourbissent leurs armes. Les 5. et 6. Infanterie-Divisionen du III. Armee-Korps ont pour mission de s’emparer, le 2 mars, du village de Douaumont.

II) 2 mars 1916 : les Allemands s’emparent par surprise d’un village réduit en cendre et d’un obscur capitaine de Gaulle. Quelle est la plus grosse prise ?

Vue du centre de Douaumont vers le fort de Douaumont

Photo n°10 : Vue du centre de Douaumont vers le fort de Douaumont

Aux premières lueurs du jour, le Trommelfeuer allemand s’abat sur l’infanterie française. D’une redoutable efficacité, il a marqué de manière indélébile l’esprit du lieutenant-colonel Boud’hors : « Dès 6 heures 30, bombardement effroyable d’artillerie lourde uniquement (380, 305, 210, 150, 105) dru et serré, sans interruption, sur toute la largeur du secteur et sur une profondeur de trois kilomètres. […] toute liaison vers l’avant comme vers l’arrière est impossible ; tout téléphone est coupé ; tout agent de liaison envoyé est un homme mort. Malgré cela, il faut pourtant savoir et on envoie toujours et toujours – et cela en vain jusque vers 17 heures du soir, des agents de liaison qui ne reviennent pas. » Les pertes sont extrêmement lourdes. A la 10e compagnie, les hommes aptes à résister ne sont plus que quelques dizaines. En début d’après-midi, les troupes d’assaut allemandes surgissent du ravin de Helly, pour se porter à l’assaut des lignes du 3e bataillon du 33e R.I. L’ensemble des compagnies parviennent à repousser toutes les tentatives allemandes. A peine le capitaine de Gaulle a-t-il la satisfaction de voir que ses hommes, isolés, abrutis par le bombardement et entourés de camarades morts et blessés, mènent une résistance héroïque qu’il aperçoit des troupes allemandes, déboulant à quelques mètres de son poste de commandement. Il n’est pas long à comprendre que ces Allemands sont parvenus à s’engouffrer par le flanc droit découvert du 33e R.I. Ils investissent par le sud-est le village de Douaumont, vide de défenseurs puisque les premières lignes françaises sont situées à une trentaine de mètres en avant du village. Avec la poignée de soldats attachés à son modeste « état-major », le capitaine décide de tenter de rallier le gros de ses hommes, en tentant une percée vers le nord, pistolet au poing. C’est alors qu’à l’image de nombreux survivants français, il est fait prisonnier, quelque part entre la grande rue est-ouest de Douaumont et l’église.

Croquis établi par le capitaine de Gaulle, en décembre 1918

Croquis établi par le capitaine de Gaulle, en décembre 1918

Pour son action, le capitaine de Gaulle obtient une première citation à l’ordre de l’armée, dès la fin mars 1916, signée du général Pétain : « Le capitaine de Gaulle, commandant de compagnie réputé pour sa haute valeur intellectuelle et morale, alors que son bataillon, subissant un effroyable bombardement, était décimé et que les ennemis atteignaient la compagnie de toute part, a enlevé ses hommes dans un assaut furieux et un corps à corps farouche, seule solution qu’il jugeait compatible avec son sentiment de l’honneur militaire. Est tombé dans la mêlée. Officier hors de pair à tous égards. » Une seconde lui est décernée, en 1919, à l’occasion de l’attribution de la légion d’Honneur : « Le 2 mars 1916 à Douaumont, sous un effroyable bombardement, alors que l’ennemi avait passé la ligne et attaquait sa compagnie de toutes parts, a organisé, après un corps à corps farouche, un îlot de résistance, où tous se battirent jusqu’à ce que furent dépensées les munitions, fracassés les fusils et tombés les défenseurs désarmés. Bien que grièvement blessé d’un coup de baïonnette, a continué à être l’âme de la défense jusqu’à ce qu’il tombât inanimé sous l’action des gaz. 2 blessures antérieures, 2 citations. »

Vue du ravin du Helly derrière la chapelle de Douaumont

Photo n°13 : Vue du ravin du Helly derrière la chapelle de Douaumont

Au cours de l’attaque du 2 mars, les gains du III. Armee-Korps se limitent à la conquête du seul village de Douaumont. En effet, le 1er bataillon du 33e R.I., à la gauche du 3e, parvient à couvrir défensivement son flanc droit et à bloquer l’exploitation allemande. Le 3 mars, le village de Douaumont est repris par les troupes françaises, puis à nouveau perdu, le 4 mars. Dans la nuit du 5 au 6 mars, le 33e R.I. est retiré des premières lignes, ses pertes se montent, pour quatre jours de combat, à 32 officiers et 1442 hommes tués, blessés ou disparus. A l’issue des hostilités, le village de Douaumont n’est pas reconstruit. Aujourd’hui, une émouvante visite est possible. Sur l’ancien emplacement de l’église, se trouve une chapelle, permettant de situer grossièrement le lieu de la capture du capitaine de Gaulle.

Vue du Chaufour à partir du ravin du même nom

Photo n°1 : Vue du Chaufour à partir du ravin du même nom

Vue du ravin du Chaufour

Photo n°2 : Vue du ravin du Chaufour

Vue vers les positions françaises, prise du fond du ravin de Helly

Photo n°3 : Vue vers les positions françaises, prise du fond du ravin de Helly

Vue vers le Chaufour à partir du fond du ravin de Helly

Photo n°4 : Vue vers le Chaufour à partir du fond du ravin de Helly

Vue de l’intersection entre le chemin de la Couleuvre et celui rejoignant le ravin de Helly

Photo n°5 : Vue de l’intersection entre le chemin de la Couleuvre et celui rejoignant le ravin de Helly

Vue du chemin de la Couleuvre à hauteur du monument

Photo n°6 : Vue du chemin de la Couleuvre à hauteur du monument

Monument en l’honneur de Walter Louis Robert, sergent au 4e régiment de marche de Zouaves, tombé le 23 octobre 1916.

Photo n°7 : Monument en l’honneur de Walter Louis Robert, sergent au 4e régiment de marche de Zouaves, tombé le 23 octobre 1916

Vue vers le chemin pédestre menant au fort de Douaumont

Photo n°9 : Vue vers le chemin pédestre menant au fort de Douaumont

Par Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET

Février 2012 Avril 2012

Maison de Dos Passos 

Lieu

du

Mois

Cimetière d'Arnaville
Maison de
Dos Passos
 Camp de
prisonniers
roumains
Arrière-front
français
 Saillant de
Saint-Mihiel

Crédit Photo : © Jean-Bernard LAHAUSSE et Romain SERTELET
– Mission Histoire
Plan du capitaine de Gaulle - © Archives Boud'hors

 

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