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Image Les deux monuments de Vrigne-Meuse

18/11/2011Monument du Mois - Novembre 2011 - Les deux monuments de Vrigne-Meuse

Monument du Mois - Novembre 2011

Les deux monuments de Vrigne-Meuse

I) Deux monuments…

Les deux monuments de Vrigne-Meuse, dans les Ardennes à quelques kilomètres de Charleville-Mézières et de Sedan, commémorent les derniers combats de la Grande Guerre. Le premier, volontairement discret, se confond dans le monument aux morts de la commune de Vrigne-Meuse. Il trouve son origine dans l’opération de recherche des corps sur le champ de bataille, et de leur rassemblement dans l’église du village pour identification dans les jours qui suivent l’armistice. Lorsque le monument fut érigé, dans le carré militaire du cimetière autour de l’église, en plus des noms des soldats du village tombés au Champ d’Honneur, sont gravés les noms des 18 soldats du 415e inhumés autour du monument, parmi eux Augustin Trébuchon, probablement l’un des derniers morts français de la Grande Guerre. L’édifice, à l’image de nombreux monuments érigés au lendemain des hostilités, est ceint d’un ensemble de lourdes chaînes soutenues par des obus de gros calibre.

monument aux Morts entourés des sépultures des soldats du 415e RI

Monument aux Morts entourés des sépultures des soldats du 415e RI

Le second monument est implanté sur la cote 209, au Signal de l’Epine, promontoire offrant une vision d’ensemble du champ de bataille de novembre 1918, avec le fleuve visible en contrebas, à proximité de la voie ferrée Sedan-Mézières. Inauguré en avril 1929, il rend hommage à l’ensemble de la 163e D.I., même si le 415e est l’acteur principal des combats. Même si cet obélisque est de conception simple, il est très imposant. Outre les plaques avec des rappels historiques policés, le monument ne comporte que quelques éléments de la tradition militaire de cette unité : la liste de ses campagnes ainsi que son insigne, un hérisson entouré de la devise « Qui s’y frotte s’y pique », ancienne devise de Louis XII reprise par la division sûrement au terme de combats de novembre et fixée au moment de la construction de son identité militaire. Une épitaphe reprenant une citation de Jean Cocteau rappelle le devoir de mémoire d’une opération qui paradoxalement voit son souvenir biaisé : « Le vrai tombeau des Morts, c’est le cœur des vivants ».

Monument de la 163e Division au somment du Signal de l’Epine Cote 249

Monument de la 163e Division au somment du Signal de l’Epine Cote 249

II)…reflet de démarches différentes

Ces deux monuments, de conceptions opposées, traduisent l’évolution de la mémoire de cette bataille de novembre 1918. Au lendemain de l’Armistice, date de l’érection du monument aux morts de Vrigne-Meuse, l’action du 415e R.I. semble être rapidement occultée, voire présentée comme « l’opération de trop » de la Première Guerre mondiale, car incomprise. Un débat voit le jour pour savoir si cette opération s’avérait nécessaire. Les soldats tués le 11 novembre autour de la commune sont déclarés officiellement comme morts au combat la veille dans un autre secteur, sur la rive gauche. Le monument aux morts de Vrigne-Meuse, s’inscrit dans ce prisme. Ainsi, la date de décès gravée est le 10 novembre, conformément au rappel historique figurant sur une plaque de marbre apposée sur un mur de la rue Trébuchon, selon lequel les combats sont sensés s’être déroulés le 10 novembre. Les autorités ont voulu éviter de voir enfler une polémique sur la justification des morts du 11 novembre au matin, la nouvelle de la signature de l’armistice étant connue.

Insigne de la 163e Division

Insigne de la 163e Division

Une dizaine d’année plus tard, même si les tensions ne sont pas complètement apaisées, les anciens combattants de la 163e D.I. souhaitent éviter que leur fait d’armes ne tombe dans l’oubli. Ils érigent donc un monument massif et lui confèrent le maximum de visibilité.

III) Retour sur les combats

Les combats de Vrigne-Meuse, bien qu’ils se déroulent dans les dernières heures du conflit, témoignent d’une extrême violence. L’ordre du maréchal Foch au 9 novembre est de percer le front et de rejeter l’ennemi hors du territoire national. L’Etat-major de la 163e DI s’en fait l’écho : « Il faut franchir la Meuse cette nuit ; il le faut à tout prix… L’ennemi hésite à signer l’armistice. » Le maréchal Foch déclare : « Il importe d’entretenir et de précipiter nos actions. » La finalité avouée de ces consignes est d’exercer une pression suffisante pour faire plier les Allemands négociant l’armistice. Ce but justifie le coût des futures opérations. Le plan prévoit une attaque sur le secteur entre Mézières et Vrigne-Meuse. La 163e Division se voit confier pour objectif de traverser le fleuve pour s’établir sur le Signal de l’Epine, cote 249 (emplacement de l’actuel monument divisionnaire), et de faire face à l’Est.

Rue Augustin Trebuchon et sa plaque commémorative

Rue Augustin Trebuchon et sa plaque commémorative

Dans la nuit du 9 au 10 novembre, le 415e RI prend pied sur la rive droite de la Meuse. Le 10 novembre, les Français résistent difficilement à la pression allemande. Le 11 novembre, 500 à 600 hommes tiennent toujours un front réduit de trois kilomètres. Les rumeurs sur la cessation prochaine des combats alimentent leurs espoirs. A 9h45, le message officiel du maréchal Foch leur parvient annonçant l’entrée en vigueur de l’armistice pour 11h, « les troupes alliées ne dépasseront pas, jusqu’à nouvel ordre, la ligne atteinte à cette date et à cette heure ». A 10h45, les obus allemands tombent encore dans le secteur. A 10h50, le soldat de 1ère classe Augustin Trébuchon, estafette de la 9e compagnie du 415e porte un message à son capitaine. A Vrigne-Meuse, il s’effondre, tué d’une balle dans la tête. A 10h57, la mitrailleuse crépite encore. A 11h, le clairon Delalucque sonne le cessez-le-feu après avoir déclaré à son officier « Pardon mon lieutenant, comment est-ce qu’on sonne le « cessez-le-feu » ? La dernière fois que je l’ai joué, c’est en 1911, au champ de tir… » Après plusieurs sonneries, la Marseillaise se fait entendre, un soulagement parcours les rangs français, il n’y a pas d’explosion de joie. Le dernier communiqué officiel de la guerre fait référence aux événements de Vrigne-Meuse : « nous avons forcé les passages de la Meuse entre Vrigne et Lumes ».

Aujourd’hui, avec la parution de témoignages commentés comme celui de Charles de Menditte, qui commandait alors le 415e RI (Général Alain Faveau, Le Vagabond de la Grande Guerre, Geste éditions, La Crèche, 2008), un regain d’intérêt voit le jour autour de cet épisode méconnu de la Grande Guerre.

Rubrique écrite par Romain SERTELET et Jérémy MATHEY

Octobre 2011 Décembre 2011 /
Janvier 2012

Monument de Thiaumont 

Monument

du

Mois

Stèle Roland Garros

Monument en
hommage aux
régiments coloniaux
  Stèle en mémoire
à Roland Garros
à Thiaumont à Saint-Morel 

Crédit Photo : © Jérémy Mathey

 

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