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28/02/2012Livre du Mois - Mars 2012 : La discorde chez l’ennemi

Livre du Mois - Mars 2012 

La discorde chez l'ennemi 

La discorde chez l'ennemiL’emploi dans le titre de son œuvre du terme subjectif « l’ennemi » pourrait laisser penser, au premier abord, que le jeune Charles de Gaulle a pu verser dans le travers de nombreux commentateurs, et même historiens, français de l’immédiat après Grande Guerre ; à savoir un traitement condescendant, voire méprisant, de la conduite de la guerre au sein des puissances centrales. La première phrase de son avant-propos, dissipe immédiatement ce soupçon : « La défaite allemande ne saurait empêcher l’opinion française de rendre à nos ennemis l’hommage qu’ils ont mérité par l’énergie des chefs et les efforts des exécutants. » Il faut dire que le capitaine de Gaulle a vécu la majorité du conflit derrière les lignes allemandes. Il profita de ses longs mois de captivité pour, non seulement suivre le conflit à travers le prisme de la presse et du commandement allemand, mais aussi, plus largement, pour s’imprégner de la culture allemande, tant militaire que philosophique. Dans son ouvrage, le futur général de Gaulle traite de cinq épisodes déterminants pour l’issue de la Grande Guerre et qui marquèrent une mésentente nuisible au sein des puissances centrales : la désobéissance du général von Kluck, la déclaration de guerre sous-marine renforcée, les relations avec les alliées, la chute du chancelier Bethmann-Hollweg et la déroute du peuple allemand. Bien que l’aspect historique de ce livre soit manifeste, à l’image de l’ensemble de la production littéraire de l’entre-deux-guerres de Charles de Gaulle, son écrit a une visée téléologique affirmée au bénéfice des cadres de l’armée français. Le premier chapitre en est le meilleur exemple et s’apparente à un cours, avec une hypothèse de départ : en stratégie, il n’existe pas de « système universel », de recette miracle pourrait-on dire. La démonstration magistrale rend compte de l’étendue de la connaissance de l’histoire militaire d’Outre-Rhin, déjà assimilée par le jeune officier de 34 ans. Il rappelle, ce qui constitue pour lui, le fondement du système militaire prussien, l’esprit d’initiative, qui confine parfois à la désobéissance, des commandants d’armée par rapports aux directives du chef d’état-major général. La date de consécration de ce système serait la bataille de Königgratz, en 1866, où par sa désobéissance aux ordres de Moltke l’ancien, Frédéric Charles offre, sans contestation possible, la victoire sur les forces de la double monarchie. Le 16 août 1870, les mêmes acteurs jouent la même pièce. Frédéric Charles désobéit à Moltke, provoque la bataille de Gravelotte et remporte la décision. Seulement, ce que les observateurs prussiens se refusèrent à voir, c’est que cette fois, le comportement de Frédéric-Charles aurait pu mener à la catastrophe. C’est uniquement l’inertie de Bazaine qui l’évita. Mais le mal était fait… Si Kluck s’entête à ne pas obéir aux ordres de se garder sur son aile gauche, au début septembre 1914, et que Moltke se refuse à faire appliquer avec fermeté ses ordres, c’est parce qu’ils sont guidés par un système qu’ils croient universel. En quelque sorte, pour Charles de Gaulle, la défaite allemande de la Marne est déjà inscrite dans le marbre du destin en 1870… Ces 18 pages de La discorde chez l’ennemi, sont réellement le cœur de l’œuvre et peuvent, quasiment après un siècle d’analyse des tenants et aboutissants de la bataille de la Marne, être reprises pour au moins ouvrir le débat. Les chapitres suivants exposent les conceptions du jeune de Gaulle des années 20. Il s’attache à illustrer les effets néfastes des conflits des personnalités politiques et notamment des combinaisons parlementaires. La déclaration de guerre sous-marine à outrance, ne menant qu’à la défaite allemande par l’entrée des Etats-Unis dans la Grande Guerre, n’est due qu’à l’hostilité viscérale de von Tirpitz à l’égard de Bethmann-Hollweg. De même, la chute du chancelier Bethmann-Hollweg, favorable à une paix modérée, en 1917 est le fruit de la manipulation de l’ambitieux Erzberger par le rusé Ludendorff. Enfin, l’obstacle majeur à l’établissement de l’indispensable commandement unique entre les différentes puissances de l’Alliance, est le général von Falkenhayn, jaloux tant d’Hindenburg et de Ludendorff que de Conrad Hötzendorf, son équivalent autrichien. A noter que Charles de Gaulle n’hésite pas à écorner sérieusement l’image de paix dont disposent encore aujourd’hui certaines personnalités des puissances centrales. Non seulement, comme on l’a vu, Erzberger, mais aussi l’Empereur Charles dont l’œuvre à la tête de l’Autriche-Hongrie est ainsi résumée : « le jeune empereur de l’Autriche défaillante, inaugurant une politique et une stratégie de renoncement à la victoire ».

Notice bibliographique :

Charles de GAULLE, La discorde chez l’ennemi, Paris, Berger-Levrault, 1924, 139 p. Réédité chez Plon en 1999

Par Romain SERTELET

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Crédit Photo : © Editions Berger-Levrault

 

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